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La démocratie dans la société négro-africaine pré-coloniale

par Akodien 13 Mai 2007, 04:21 Dossier de la semaine

Afrique.jpgLa démocratie est-elle une denrée exclusive à l’Occident et envers laquelle nous, Africains, n’avons qu’un seul droit: celui d’en mourir de rêve, d’aspiration, d’envie et d’appétit? La réponse à cette question présuppose la réponse cette autre question préalable:La conception de l’homme dans la société africaine pré-coloniale en général et en RDCongo en particulier était-elle compatible avec l’exercice de la démocratie, de ses exigences et de ses implications? Notre réponse à cette question est oui, et donc affirmative.

 

Nous puisons cette réponse notamment des écrits ci-après: Placide Tempels, “La philosophie bantoue”; Prof. Irung Tshitambal’a Mulang, “L’individu face à la société et la démocratie en Afrique noire traditionnelle: Réflexion critique sur les études africanistes”(Zaïre-Afrique, Février 1993, pp. 71-82); Bénézet Bujo, “La morale peut-elle être chrétienne en Afrique?”(in Ethique et société africaine. Actes de la Seizième Semaine Théologique de Kinshasa, 26 avril-2 mai 1987, Faculté de Théologie Catholique, 1987, p. 79); Buber Martin, cité par H. Maurier dans “Philosophie de l’Afrique noire”(Bonn. Verlag des Anthropos-Instituts, 1976, p. 59); Misenga Nkongolo, “Apport de la méthodologie cartésienne dans Discours de la méthode” au problème de l’existence d’une philosophie africaine traditionnelle”(in Cahiers philosophiques africains, 1981, n° 9, pp. 108-112, passim); Pongo Kivula, “Etude comparée des Contes du Décepteur dans les Littératures Luba et Mbala”(Mémoire de Licence en Langues et Littératures Africaines Africaines. Lubumbashi, 1984, pp. 14-16); Cheikh Anta Diop, “Antériorité des civilisations nègres” et “Civilisation ou barbarie. Anthropologie sans complaisance”(Paris, Présence Africaine, 198, 1981 ; pp. 387-477, passim); Obenga Théophile, “La philosophie pharaonique”(in Présence Africaine; 1986,, n° 137-138 ; p.14) ; Towa Marcien, “L’idée d’une philosophie négro-africaine”(in Cahiers du Département de philosophie, 1987, n°2, pp. 22) ; Gonidec, P.E., Les systèmes politiques africains, Première partie : L’évolution-La scène politique-L’intégration nationale. Paris. Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, p. 1971, pp 38-39, 40) ; Munzihirhwa, Mzee, « La grande palabre que nous appelons conférence nationale » (in Zaïre-Afrique, août-septembre, 1991, n° 259, pp. 343-344, passim) ; Niamkey, Koffi, « La démocratie à l’africaine. Cours de Licence en philosophie. Abidjan, Textuel, 1985, p. 24, polyc.) ; Fifatin, Maurice, « La notion de démocratie et les autorités traditionnelles en Afrique noire » (in Annuaire du Tiers-Monde, IX, Paris, Ferdinand Nathan, 1987, p. 38) ; Deschamps, Hubert, « Les institutions politiques de l’Afrique noire » (Paris, PUF, 1962, p. 26) ; Lecler, J. « Démocratie » (in Catholicisme Hier, Aujourd’hui, Demain »(Sous la Direction de G. Jacquement. Tome troisième. Paris, Letouzey et Ané, 1952, p. 580)

 


1. Résumé des éléments de la conception de l’individu dans la société négro-africaine en général et dans la société congolaise en particulier

 

Un constant: l’échec global, en Afrique, du monolithisme politique, idéologique et syndical, des systèmes politiques terroristes, dictatoriaux et prédateurs, oeuvre de la Mafia internationale qui utilise des pions locaux à sa solde, est flagrant. De nombreuses masses africaines, encadrées par des leaders patriotes et démocrates qui incarnent la volonté souveraine de celles-ci ainsi que leurs aspirations et leur confiance, exigent la démocratie et demandent à la Vraie Communauté Internationale de les soutenir dans leur combat de libération.

Mais la démocratie est-elle compatible avec la conception de l’homme dans la société africaine pré-coloniale?

Sans trop uniformiser les données ni taire les particularités remarquables de certaines sociétés de l’Afrique pré-coloniale, nombreux Africanistes étrangers et congolais ont déjà définitivement démontré, dans la société africaine pré-coloniale, de l’existence ontologique (= être profond) et de la consistance axiologique ( = référence à l’échelle des valeurs morales) de la personne humaine ainsi que de sa dimension sociale prononcée et bénéfique en Afrique pré-coloniale. La personne humaine était une évidence première et irrécusable dans cette société. Sa subjectivité était inaliénable et toujours maintenue en éveil. L’individu pouvait toujours, se poser et s’imposer comme une conscience de soi, centre de conception et de décision, conscience critique, sujet libre et responsable, s’affirmer dans la liberté du discours, dans la discussion par la confrontation des opinions diverses. Ces sociétés se sont efforcées de promouvoir l’aventure individuelle, l’indépendance d’esprit et de comportement et de donner à l’individu beaucoup de latitude.

 

2. Elucidation et explicitation des éléments de ladite conception

2.1. L’Onomastique (étude et signification du nom). L’étude de la signification du nom dans la société négro-africaine a démontré que le nom, dans cette société, n’était pas une étiquette familiale comme en Occident. La personne humaine, tout en vivant dans la société, a une place unique. Nommer comporte une programme de vie que l’individu doit réaliser lui-même et non par procuration. Le nom indique l’historicité de chacun dans sa singularité et son unicité non communicable et non réitérable. Il marque chaque individu dans sa réalité ontologique. Le nom indique l’essence d’une personne et ne peut être cité à la légère.

2.2. Il existe partout en Afrique, des proverbes et des récits qui mettent en évidence l’importance de l’égo; des textes qui enseignent la ruse, la réflexion, la prudence, le recours à l’intelligence, à soi-même pour sortir victorieux du combat de la vie. Une soumission aveugle à autrui y est présentée comme une imprudence. Chez les Luba-Kasaï, les contes où la mangouste (“Kabundi”) est le héros principal illustrent ce point de vue..

2.3. La palabre africaine consiste en des débats contradictoires et libres où chaque personne avait droit à la parole pour exprimer sans contrainte sa pensée, son opinion, ses arguments. Ces palabres mettent en évidence l’existence de l’esprit critique; montrent, ainsi que les sanctions qui en découlent, qu’il n’y avait pas de déterminisme social et absolu. Les sanctions interviennent là où il y a possibilité d’exercer la liberté et excès de liberté. De la pluralité d’opinions et d’arguments on aboutissait à un large “consensus”, à une décision exécutoire et opposable à tous et à chacun. La décision finale n’était donc pas un phénomène spontané et facile. Elle était conquise sur des subjectivités exigeantes. La nature polémique de la vérité était donc reconnue. C’était un système démocratique fondé sur l’exercice de la liberté, de la parole et de la vérité.; une démocratie fondée sur la participation des adultes ou des vieillards aux prises des décisions politiques et sociales.

2.4. Les égyptologues ont démontré, de manière imposante, que c’est l’Egypte pharaonique, habitée par les Noirs, qui est la mère lointaine de la science et de la philosophie occidentale, de ces productions théoriques où le “je” se pose et s’impose comme sujet libre et responsable, comme puissance inventive et révolutionnaire, que les emprunts inavoués des philosophes grecs à la pensée de cette Egypte est évidente. La théorie des contraires d’Héraclite, la dialectique et les principes de l’âme chez Aristote, les catégories de l’être dans la philosophie bantoue comparée de Kagame….tirent leur origine de l’Egypte ancienne. Et la philosophie se caractérise, rappelons-le, par la réflexion, la rupture, grâce au doute, avec le donné, la capacité de soumettre la tradition à une critique sans complaisance, la primauté de l’individuel sur le collectif, la prise de conscience de soi comme pouvoir autonome du discours, comme liberté créatrice.

2.5. Il existe, en outre, en Egypte ancienne, des textes d’une nature philosophique, d’une abstraction remarquable.

 

Conclusion: notre réponse affirmative est donc justifiée et fondée dans la mesure où la démocratie implique l’affirmation de l’individu comme une réalité valable et qui assume sa liberté; favorise l’imagination critique; renvoie chacun à la responsabilité personnelle, à la prise en charge de son propre destin conjoint à celui de sa communauté historique; offre à l’individu les possibilités d’émergence et d’épanouissement; respecte la diversité des opinions; est soucieuse de la vérité considérée comme chose publique, résultante de l’intersubjectivité et fille de la discussion, de la confrontation des opinions personnelles; vise à éveiller la conscience de soi historique et repousse la confiance aveugle à autrui ou à la tradition ainsi que la conception de l’histoire comme le déterminisme absolu.

 


II. La démocratie en Afrique pré-coloniale

Ce qui est vient d’être dit sur l’individu face à la société dans les traditions négro-africaines suggère déjà que cette tradition n’était pas absolument incompatible avec la démocratie et ses implications.

L’étude des régimes politiques africains révèle que la tradition politique n’était pas homogène, qu’elle était riche et variée. Elle montre, certes, qu’il y a eu en Afrique noire d’hier, comme ailleurs au monde, des régimes tyranniques ou despotiques. Le royaume d’Abomey (capitale historique de l’ancien Dahomey), par exemple, est considéré par les spécialistes des systèmes politiques africains comme fournissant une bonne illustration du despotisme africain et constitue l’un des exemples les plus cités.

 

Toutefois, l’étude ces mêmes régimes révèle aussi qu’il y a eu dans cette même Afrique des régimes démocratiques ou des pratiques démocratiques remarquables. Elle montre de manière frappante que l’aspiration constante vers le principe démocratique de gouvernement apparaît comme l’élément dominant du système politique négro-africain traditionnel, que le despotisme n’est pas du tout un mode ordinaire de gouvernement en Afrique noire traditionnelle….

Dans les systèmes politiques centralisés, il existait souvent des moyens de sanctionner ou d’empêcher la tendance à l’absolutisme, au despotisme, des mécanismes de participation du peuple au pouvoir ou de limitation de la liberté d’action du chef. Le pouvoir du Chef était tempéré par le Conseil Royal, la Cour de la « Reine-Mère », les fonctionnaires religieux, les sociétés secrètes qui jouaient un rôle dans l’investiture du roi, la sorcellerie, la rébellion ou l’émigration dynastique, les obligations qui pesaient sur le Chef.

Le Chef suprême des Mossi (le Mogh’Naba), dans l’empire Mossi d’Ouagadougou avait autour de lui des nombreux fonctionnaires et dignitaires qui faisaient partie du Conseil des ministres ou du Conseil du Roi. Et le Conseil des ministres, qui était une sort de tribunal d’Etat, prononçait le verdict qui était la manifestation de la volonté générale après une discussion générale. Certains proverbes africains mettent en évidence la soumission du Chef à un Conseil des Sages :

- «Le monarque apparemment tout-puissant, dit un proverbe, doit se soumettre au Conseil des Sages ».

 

- «Un roi qui n’écoute pas les sages écoute les courtisans ».

Chez les Abouré, les Agni Indénié et Morafoué, le règne d’un souverain n’excédait jamais sept ans. Dans ce laps de temps, le souverain au pouvoir ne purifie son âme que deux fois à la rivière sacrée. Ce rituel accompli, il est tenu d’abdiquer à la fin de l’année qui suit le deuxième bain de purification (7ème année de règne). Cette même pratique existait aussi chez le royaume du Mogho.

Le Chef dans les confédérations et lamanats de la Côte de Guinée était contrôlé de manière continuelle par le Mpanymfo (un collège d’oligargues).

Chez les Ashanti (actuel Ghana), les chefs provinciaux possédaient des larges pouvoirs qui venaient limiter ceux de l’Asantehene (le Chef Suprême). Il en est de même du Mwami (Roi) au Burundi, qui devait tenir compte de l’existence des autorités provinciales. Chez les Yoruba, le pouvoir du Chef (L’Alafin) était révocable et limité par un conseil représentant l’aristocratie, les corporations et la société Ogbeni (la principale association religieuse).

Les Africains n’ont donc pas attendu les Occidentaux, comme Montesquieu, pour mettre au point des contrepoids du pouvoir de manière à éviter de tomber dans le despotisme.

L’Afrique pré-coloniale a connu aussi des systèmes politiques africains non centralisés. Dans ces systèmes, la définition de la démocratie, en tant qu’auto-gouvernement, en liberté, pour le peuple, a été appliquée. Dans ces systèmes, il n’y avait pas de distinction entre les gouvernements et les gouvernés. Le pouvoir était diffus dans la masse. Le souverain, le titulaire du pouvoir était le peuple tout entier, c’est-à-dire l’ensemble des adultes. Il n’y avait pas d’autorité politique établie, d’individus exerçant des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires, reconnus ou clairement définis. Toutefois, certains individus pouvaient acquérir une certaine prééminence sur les autres et être reconnus comme meneurs (et non comme gouvernants). Leur fonction consistait à conduire les discussions libres et publiques ou les palabres sur les questions d’intérêt général. Les individus devaient se conformer à un certain ordre social et l’exécution des décisions communes était garantie par la pression du groupe. Les Logoli et les Vougoussou vivant dans la partie occidentale du Kenya, les Bergdama et les Bochimans d’Afrique centrale constituent quelques-uns des exemples de ces sociétés communément citées.

Revenons ici sur la palabre africaine, dont la signification démocratique est évidente. Jadis, les adultes se réunissaient à l’ombre d’un gros arbre, l’ « arbre à palabre », généralement un fromager, arbre cher aux génies, pour deviser librement sur les affaires du village, trancher une grosse palabre. Au cours de longues discussions, chacun avait droit à la parole pour exprimer son opinion, exposer sans contrainte ses arguments. Ces débats contradictoires et libres, mettaient en jeu une pluralité d’opinions jusqu’à ce que l’on aboutisse à un large consensus, à une unanimité, à une décision qui devait être exécutée par tous par chacun. En cas de désaccord profond, le débat était relancé de manière à appeler les opposants à la raison, à la réflexion ou momentanément suspendu pour reprendre par après. Au cours de ces palabres publiques, certains finissaient par se rallier à l’opinion de la majorité, d’autres, qui constituaient une minorité finissaient par se taire ou s’abstenir.

La décision finale n’était donc pas un phénomène spontané. Elle était conquise sur des subjectivités exigeantes..Elle impliquait l’expression libre des pensées divergentes, la présentation des arguments opposés et l’aboutissement d’un accord quasi général. La nature polémique de la vérité était donc reconnue. L’unanimisme n’existait pas. Tout le monde n’était donc pas d’accord avec tout le monde.

Ainsi se trouvait appliqué un système politique un système politique fondé sur l’exercice de la parole et de raison.

Malgré sa dimension sociale remarquable, la personne humaine avait conservé, dans la société africaine pré-coloniale, sa consistance ontologique et axiologique. Sa subjectivité était gardée inaliénable et toujours en éveil. L’individu se posait et s’imposait comme une conscience de soi, conscience critique, sujet libre et responsable ; il s’affirmait dans la liberté du discours, dans la discussion par la confrontation des opinions diverses.

L’aspiration constante vers le principe démocratique du gouvernement était l’élément dominant du système politique de la société négro-africaine pré-coloniale. Et le système démocratique était celui qui était ordinaire et le plus répandu.

Il est démontré aujourd’hui que la Grèce antique, Berceau de la culture, de la civilisation et de la démocratie occidentale (Athènes) était habitée par les Noirs et s’était inspirée de cette culture, de cette civilisation et de cette démocratie.

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