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Tous « Charlie » mais pas « Oncle Tom ».

par Bacary Goudiaby 9 Janvier 2015, 18:21 Analyses & opinions Nouvelles du jour

Tous « Charlie » mais pas « Oncle Tom ».

Le peuple de France s’unit avec le soutien de la communauté internationale, suite aux événements sans précédents que nous vivons depuis l’attaque survenue mercredi matin au siège de "Charlie Hebdo", et qui a fait douze morts et plusieurs blessés. Dans la foulée de ce choc des milliers de personnes se sont ainsi réunies sur diverses places dans toutes les grandes villes de France. Sur les radios généralistes comme les chaînes d'information en continu, il n’a été question que du drame.

La presse dans son ensemble a joué le rôle qui est le sien dans ce genre de situation extrême. L’émotion est forte et on le comprend. Mais. Il y’a un « Mais », il ne faut pas franchir le Rubicon. Sur une radio, la première de France, l’animateur prend l’antenne, entouré de son équipe de chroniqueurs et d’invités habituels parmi lesquels et entre autre, Laurence Parisot, Rokhaya Diallo, Ivan Rioufol ou encore Xavier Couture.

Ivan Rioufol au milieu des réactions très émues de tous a commencé par saluer l'appel à la manifestation avant de s'interroger sur un communautarisme auquel aurait participé la gauche en ces termes: "Je pense, malgré tout, qu'il est possible, encore aujourd'hui sous le coup de la colère - parce que moi aussi, j'ai de la colère et de la tristesse - de faire le procès de ce communautarisme qui s'est développé dans l'aveuglement très général, en l'occurrence de la gauche qui l'a parrainé. Et je pense qu'il est temps aujourd'hui de se rendre compte de ces mensonges successifs, de ces mensonges d'Etat qui ont encore été corroborés lundi par François Hollande en disant que tout allait bien. Eh bien non, tout ne va pas bien du tout même" a-t-il lancé, dénonçant "une contre-société qui a émergé" et que la gauche aurait mis trop de temps à découvrir.

Et il poursuit: "La gauche appelle aujourd'hui à manifester, c'est très bien …. Il faudrait également et urgemment que manifestent aujourd'hui les Français musulmans qui, évidemment, ne se reconnaissent pas dans cet attentat terroriste, sinon on va craindre effectivement les amalgames" a conclu dans un premier temps Ivan Rioufol. Des propos qui ont fait bondir l’ancienne leader du Medef, Laurence Parisot, jugeant que le journaliste exagérait, notamment sur les musulmans. "Vous laissez entendre qu'ils adhèreraient à cette folie terroriste" a ainsi noté Laurence Parisot.

S’en suit un échange d’un autre âge :

- "Non, je ne dis pas cela, au contraire. Je les somme presque aujourd'hui de bien nous faire comprendre qu'ils n'adhèrent pas" s'est défendu Ivan Rioufol.

Dans le studio, cette réponse a fait vivement réagir. Musulmane, Rokhaya Diallo s'est ainsi sentie insultée :

- "Quand j'entends dire qu'on somme les musulmans de se désolidariser d'un acte qui n'a rien d'humain, oui, effectivement, je me sens visée. J'ai le sentiment que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés" a-t-elle ainsi répondu.

- "Parce que vous ne comptez pas vous désolidariser?" s'est alors indigné Ivan Rioufol.

- "Non mais vous pensez vraiment que je suis solidaire? Est-ce que vous osez me dire, ici, que je suis solidaire? Vous avez vraiment besoin que je verbalise? Donc, moi, je suis la seule autour de la table à devoir dire que je n'ai rien à voir avec ça" a répondu, "extrêmement choquée", Rokhaya Diallo.

Espérant retrouver le calme, Rokhaya Diallo a affirmé que de nombreux appels des musulmans à refuser l'amalgame ont eu lieu dans la journée de mercredi. Ce à quoi Ivan Roufiol réattaque :

- "Ca, ce sont des paroles. Moi, je voudrais les voir, qu'ils descendent dans la rue".

Xavier Couture, l’ex patron de la première chaine française prit la défense de Rokhaya Diallo :

- "Je suis atterré qu'on soit déjà dans un processus d'opposition dans un sujet où on n'a même pas le nom des coupables. (...) Mais Monsieur Rioufol, l'immense majorité de la communauté musulmane est exactement comme nous : elle est en résistance. Ne leur suggérez pas, Ivan. Taisez-vous. Vous êtes le moteur, vous êtes l'essence... Allez-y, allez-y, renversez des bidons, continuez !" s'est agacé Xavier Couture.

Quelques instants plus tard, quand l'incident semblait clos, l’animateur de l’émission, Marc-Olivier Fogiel a pris la parole quelques instants plus tard, expliquant que Rokhaya Diallo était en larmes. "Le minimum, c'est de le signaler. Et de signaler que ce sont vos propos, ce soir, qui ont déclenché ces larmes" a noté l'animateur, face à "la colère" d'Ivan Rioufol.

Ainsi lassé, Xavier Couture prit la parole :

- "Est-ce que, dans votre immense sagesse, vous pourriez me dire ce qu'est l'islam radical et (...) de manière chiffrée, ce que vous pensez être l'islam radical dans la communauté musulmane française ?" a-t-il demandé à son interlocuteur, qui a alors reconnu "n'en savoir rien". "Alors si vous n'en savez rien, taisez-vous" a immédiatement interrompu Xavier Couture avant que le débat ne s'apaise…

Je reviens sur cette scène survenue sur le plateau d’une radio pour relever un certain état d’esprit en France. Depuis le début des événements on note l’infusion d’un certain discours nauséabond qui veut que « tous les musulmans soient des terroristes ». Il faut savoir raison garder. Les citoyens français ou les résidents français de confession musulmane sont dans leur très large majorité meurtris par les images qu’ils découvrent sur les chaines d’information. Ils se sentent aussi concernés. Donc on ne peut doit pas les enfoncer dans une stigmatisation puérile. Il ne faut pas dans ce moment où tout le monde appelle à l’union nationale, que des oiseaux de mauvaise augure tente de trouver des coupables au pull-over rouge.

Pour cela, il faudrait aussi mettre en lumière la colère de ceux-la même qu’on n’hésite pas à accuser « orbi et urbi » à la face du monde. Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a, dans son discours cité un imam de France qui qualifiait les journalistes assassinés de « martyrs de la liberté ». Aucun média français n’a relevé cette citation. De même c'est par la presse anglo-saxonne que nous apprenons que le policier abatu par les deux terroristes en face des locaux du journal attaqué était ... musulman!

En France on nous a habitué à un discours estampillé « Républicain ». C’est à dire qui reconnaît qu’une seule communauté : La République. Mais parfois on se laisse aveugler par une stigmatisation blessante, injuste et facile.

En 2011, personne n’a été sommé de se désolidariser de l’attaque survenue dans un camp de jeunes en Norvège où un tireur armé déguisé en policier a ouvert le feu sur les campeurs, tuant soixante-neuf personnes et en blessant par balle trente-trois.

Et plus frais dans nos souvenirs, il n’y a pas eu non plus d’injonction à la suite d’un bombardement qui a tué quatre enfants qui jouaient sur une plage de Gaza. Nous n’allons pas faire de la surenchère, encore moins penser qu’une bêtise peut justifier une autre. Je veux juste qu’une scène comme celle vécue par Rokhaya Diallo est injuste. Et que, comme la majorité des personnes qui ont manifesté leur colère et leur indignation suite à ce qui c’est passé à Paris, nous sommes Tous « Charlie » mais pas « Oncle Tom ».

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