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Sénégal: Alternance, Chapitre 2

par Pathé Mbodji 26 Mars 2012, 17:30 Analyses & opinions

Le Sénégal a décidé de faire Macky Sall son élément d'avenir, bien que lui-même n'ait pas cru en ce peuple souverain qui l'avait consacré seul et non entouré par les autres relégués auxoubliettes.

 

Macky-Sall.jpgUne lame venue du tréfonds des populations sénégalaises a remporté toutes les certitudes morales, religieuses et politiques du pouvoir et fait tomber le régime du président sortant. Wade, en fin de course, a donc respecté ses engagements internationaux (Onu), régionaux (Ceao et Cedeao) et continentaux (Ua) de reconnaître les résultats sortis des urnes en appelant son vainqueur, Macky Sall. Le président élu a ainsi pu constater que seul le peuple souverain est détenteur de ndiguel qui l'a plébiscité entre 60 et 70%, après la première vague du matin qui a frisé les 80%. Le candidat sortant a donc souffert de l'abstention de sa formation politique, bien que réduite de moitié par rapport au premier tour du 26 février.

Un questionnement sans réponse précise sur la vraie nature de l'homme et savamment entretenu par l’autre camp n’a finalement pas jeté le trouble dans l'esprit des Sénégalais qui ont préféré la rupture continuée (Wade sans Wade) à ce qui devrait pourtant leur sembler être l'aventure avec un Macky Sall aux contours encore flous. Le candidat Abdoulaye Wade a ainsi compris l'opportunité qui s'offrait à lui, en fin de rouleau, dans toute l'acception du terme, en appelant et en félicitant son vainqueur, plus par élégance démocratique que par mimétisme, et ceci moins de quatre heures après le début de diffusion des premiers résultats : le gap était difficile à franchir.

Il sera facile de faire comprendre que cette victoire est acquise démocratiquement, malgré les contradictions de celui qui avait été donné vainqueur dans tous les cas de figure : un retour de dernière minute aux conclusions générales des Assises, en particulier sur le régime parlementaire et sur la durée du mandat sur lesquels il avait émis des réserves, un dérapage contrôlé envers les marabouts que ses adversaires se sont empressés de mettre sur le compte d'une appartenance maçonnique, enfin un sentiment diffus d'une double vie dissolue menée par un Macky Sall à qui pourtant on aurait donné le bon Dieu sans confession, une réponse évasive sur l'homosexualité n’ont pas suffi à le faire tomber. Paradoxalement, ou en dépit des espoirs démesurés de tous ceux qui pensaient n’ont tenu cure pour en finir avec le président sortant.

Le doute pernicieux que l’on a voulu créer ne s'est pas installé dans l'esprit de l'électeur devant les atermoiements de Macky Sall dans des secteurs aussi précis que celui des guides religieux et de sa position non tranchée devant le dilemme de Sodome et Gomorrhe. Car, en définitive, personne n'a réellement compris le quiproquo né sur les interprétations erronées de l'hospitalité et du non-respect des lois de la charité (Livre de la Genèse, chapitres 18 et 19). Pas plus hier qu'aujourd'hui.

L'électeur sénégalais a-t-il des doutes sur la vraie personnalité de Macky Sall ?

Ou, formulé autrement: l'électeur sénégalais doute-t-il des soutiens intérieurs de Macky Sall dans leur générosité envers un compatriote avec lequel ils entretenaient très peu de liens il n'y a guère ? Car l'échec du candidat au second tour de la présidentielle aurait aussi été leur, s'ils étaient sincères dans leur appui. Enfin, ce soutien empressé n'est-il pas la cause de la reproduction du chantage exercé sur Wade par des formations politiques sans réelle envergure et qui ont conduit à des ides de mars toujours fatales à César ?

Dans un cas comme dans l'autre, un retard mental du politique sur la densité sociale a été néfaste à Wade qui s'est empesé dans des considérations partisanes sans poids autour d’un religieux et d’un politique qui n’ont pas été au rendez-vous le 25 mars.

En effet, Macky Sall lui-même n'a pas fait confiance au peuple souverain qui l'avait plébiscité en éloignant les autres de son face à face contre Wade. Ainsi, confortablement assis grâce à un vote sans équivoque sur le champion que voulaient les électeurs, le challenger du président sortant n'a pas assez cru en ses chances en allant se réfugier au peuple des Assises, justement sanctionné pour n'avoir pas su traduire dans la réalité le volonté unitaire exprimée par les populations sénégalaises depuis 2009 avec les Locales. Macky Sall, symbole-martyre devant réconcilier le peuple avec lui-même, a troqué un peu trop hâtivement le peuple souverain contre celui des Assises (Niass et Tanor) dont le poids électoral pesait peu, en réalité, face à la trop grande distance que le vote populaire avait placée entre les deux premiers et les troisième et quatrième, plus que du simple au double (Macky Sall : 26,58%, Moustapha Niasse: 13,20%, Ousmane Tanor Dieng: 11,30%).

Il l'a compris trop tard, au moment où les questionnements sans réponse s'accumulaient sur son chemin, avec ces visiteurs indésirables qui lui ont joué un mauvais...tour et ont forcé les populations à donner leur... Lang au chat : comment comprendre, au-delà de l'addition des zéros après Idrissa Seck, que le soutien n'ait pas agi en l'espèce ?

Le pourcentage atteint renvoie plus à une volontaire populaire que politique: si Niass est intervenu à Kaolack, si Tanor est intervenu à Mbour, si Idrissa Seck en a fait autant à Thiès, le militant Afp, Ps et Rewmiste ne s'est pas retrouvé en Macky Sall hors Kaolack, Mbour et Thiès principalement. Le militant s'est plus retrouvé physiquement dans le second tour pour s'impliquer plus qu'il ne l'avait fait au premier, le 26 février. De plus, moralement, n'ayant pas son leader, il a cru nécessaire de s'investir au-delà du raisonnable, surtout avec les menaces nées de gourdins en ballade, pour démontrer son vrai poids social. Enfin, son implication personnelle pour son leader n'avait plus, dès lors, la même intensité. L'enjeu d'un changement de régime devenait plus fort alors, d’où le vote massif en faveur de Macky Sall.

Et maintenant ?

En dehors d'une frustration légitime s’il ne saisit pas la portée réelle du vote de dimanche dernier, Macky Sall devra démontrer dans la réalité la nature des engagements intérieurs et extérieurs éventuels qu'il aurait pris. Son implication semblait avoir atteint un point de non retour et il serait intéressant aujourd'hui de maîtriser jusqu'où s'est-il engagé, à quel prix et avec quoi comme conséquences éventuelles ?

Dans tous les cas, les résultats sortis d'urne n'ont pas nécessité un soulèvement populaire sous-entendu avant vote au cas où Wade gagnerait.

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