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Lucky Dube: 3 ans déjà

par Edem Gadegbeku 19 Octobre 2010, 09:30 Piedestal

Lucky-Dube.jpgVoici trois années qu’un banal vol de voiture a arraché la vie à l’une des plus grandes voix du continent noir: Lucky Dube. Comme d’habitude, l’Afrique oublie depuis 2007 de célébrer la mémoire de son enfant valeureux passé de vie à trépas.


Avec sa coiffure rasta et son habituelle barbe abondante qu’il arborait, Lucky Dube offrait à tous ceux qui ne l’ont découvert qu’au sommet de sa gloire l’image d’un quinquagénaire ou même plus. Pourtant, ce Sud-Africain noir au parcours atypique avait à peine célébré ses 43 bougies le 03 août 2007. Ardent artisan de la lutte contre la bête immonde de l’apartheid sur sa terre natale, il y a rendu l’âme le 18 octobre 2007 dans un drame devenu hélas banal!

La nouvelle de son décès a surpris plus d’un, tant sa mort a été brutale: «Le chanteur sud-africain Lucky Dube, star internationale du reggae, a été tué par des malfaiteurs qui voulaient voler sa voiture jeudi soir à Johannesburg, une des villes ayant le taux de criminalité le plus élevé au monde»; c’est la teneur de la dépêche dont ont abreuvé les agences de presse leurs abonnés le jour de ce drame qui restera dorénavant comme l’un des plus sombres du continent noir.

Son dernier album, Respect, le 21ème de sa riche carrière, était sorti en 2006. En condamnant implicitement le phénomène de la violence, L. Dube lâchait ceci après la présentation officielle de Respect, en appréciant les progrès réalisés par son pays (sur différents plans) depuis la tenue des premières élections multiraciales le 27 avril 1994 (qui ont sacré la victoire de l’ANC, Congrès national africain et l’accession du charismatique Nelson Mandela à la présidence): «Nous avons essayé l’amour, l’unité, la camaraderie, mais cela ne semble pas beaucoup marcher pour nous. Il faut du respect, parce que c’est ce dont le monde a besoin maintenant».

«Mes compositions ont généralement pour fondement la lecture des évènements touchant le vécu quotidien de mes contemporains», confiait-il lorsqu’on l’interrogeait sur les sources de ses inspirations musicales. Comme la majeur partie de ses compatriotes noirs qui ont été des témoins directs du régime ségrégationniste ou qui ont vu le jour en terre sud-africaine sous cette forme de régime politique, Philip Dube (de son vrai nom) est issu d’une famille indigente. Son second prénom, Lucky (qui veut dire «chanceux, qui porte bonheur» en anglais), lui a été donné par sa mère Sarah, qui après plusieurs fausses couches, a mis au monde, un garçon en la personne de Philip. Le décor lugubre de l’environnement familial de Dube était davantage assombri par le comportement de son père; ce dernier était en effet un adepte de l’alcoolisme. Mais cette succession d’adversités n’a en rien érodé l’ambition du jeune Sud-Africain “Noir” de s’accomplir dans la vie… Avant de se lancer sur les chemins de l’école, le fils de Sarah a été durant sa tendre enfance jardinier dans les faubourgs du Transvaal oriental (appelé aujourd’hui Mpumalanga), sa région natale. C’est sur les bancs de l’école que va s’affirmer en lui sa passion pour la musique, plus précisément dans la peau de jeune choriste.


Cependant, le tournant de ses débuts dans ce nouveau monde s’opèrera en 1982; il a alors 18 ans et intègre à Newcastle (en Grande-Bretagne) le groupe de son cousin Richard Siluma (qui deviendra plus tard une personnalité importante dans la production d’artistes en Afrique du Sud), The love brothers. Il confirmera au sein de cette formation sa réputation de bon chanteur. Il y va également maîtriser les rudiments d’un genre musical particulier sud-africain (zulu) développé par The love brothers. Il s’agit du «mbaqanga». Il faudra signaler que le rythme musical précité a aujourd’hui comme ambassadeurs des célèbres groupes comme Soul Brothers and Mahlathini ainsi que The Mahotella Queens. C’est au terme de la production de quatre albums avec The love brothers et estampillés de la musique «mbaqanga» que Lucky se tournera vers le reggae. Sa rencontre avec Dave Segal (qui deviendra son ingénieur du son) va beaucoup peser dans cette volte-face musicale. Pendant ce temps, Richard Siluma se mue en véritable mentor de son protégé et se charge de lui bâtir une carrière solo. Désormais, les albums de Philip Dube ne portent plus que sa propre griffe; exit celle des The love brothers.

Dube et le reggae
Ainsi, c’est à partir du succès réalisé par l’enregistrement des premiers morceaux reggae de Dube (que sont Reggae Man et City Life) que le trio composé de ce dernier, Richard et Dave va décider de s’ancrer définitivement dans cette mouvance musicale venue des Caraïbes et plus précisément de la Jamaïque. Le premier couronnement de la complicité entre ces trois compères sera la sortie du mini-album Rastas Never Die qui comporte 4 titres. Nous étions en 1984. Rastas Never Die ne connaîtra pas néanmoins le succès discographique dont les précédentes productions de Lucky et ses complices dans le registre «mbaqanga» furent l’objet.

Mais, dorénavant, une chose est certaine: le trio ne fera plus machine arrière. Think About The Children sera le fruit de cette témérité sans faille. Cet opus se révèlera comme la rampe de lancement de la carrière reggae du natif de l’ex-Transvaal oriental. Une nouvelle étoile musicale sud-africaine venait ainsi de voir le jour. Elle se produira aux quatre coins du monde et se verra décerner plus d’une vingtaine de trophées, tant nationaux qu’internationaux. Cette même star aura à partager des scènes avec d’autres grands noms de la musique mondiale tels que Maxi Priest, Sinead O-Connor, Peter Gabriel, Michael Jackson, Seal, Ziggy Marley, Celine Dion ou encore Sting. Sa terre natale de laquelle il ne se détachera pas en dépit sa célébrité planétaire sera le théâtre de sa subite mort le 18 octobre 2007! Cependant, son héritage musical survivra à jamais comme celui d’autres illustres personnages de la musique noire et de son pays.

commentaires

hugues vessemont 20/10/2010 21:21



c'est une inquiétude que je partage parfaitement





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