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Le génocide rwandais: Deux décénies déjà!

par Bacary Goudiaby 20 Avril 2013, 04:30 Regard de la Diaspora

 Pauline-Kayitare.jpgC’est sans doute un des dossiers les plus noirs que la mémoire française doit affronter depuis bientôt deux décennies: celui du génocide rwandais. Quel a été le rôle de Paris, et de la diplomatie mitterrandienne, dans le déclenchement des massacres barbares qui ont coûté la vie à près d’un million de Tutsis, en 1994? Comment une incroyable manipulation judiciaire a-t-elle été orchestrée pour exonérer l’Etat français de toute responsabilité dans cette barbarie? Epouvantable interrogation. Pour répondre à ces deux questions, il fallait s’éloigner des polémiques hexagonales, reprendre le dossier méthodiquement, sans a priori. Et s’en tenir aux faits judiciaires. A l’enquête sur l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, événement majeur, à l’origine du génocide.

C’est ce qu’ont réalisé Catherine et Philippe Lorsignol, deux journalistes belges, dans une enquête pour la RTBF. Ils ont reconstitué le scénario du crash du Falcon du chef de l’Etat rwandais, abattu par un missile sol-air, alors qu’il était en phase d’atterrissage sur l’aéroport de Kigali, tout près de la résidence présidentielle. Acte terroriste invraisemblable? Très vite, l’attitude de la France apparaît plus que trouble.

 

En remontant le fil du drame, force témoins à l’appui, le document belge précise le rôle central d’un personnage-clé : Paul Barril, l’ancien membre de la cellule GIGN de l’Elysée. Barril, l’agent multicarte du mitterrandisme de l’ombre, se trouve au coeur du dispositif.

Le président Habyarimana, pour sa propre communauté, était devenu un traître, un renégat. Parce qu’il avait signé les accords d’Arusha, organisant le partage du pouvoir entre les deux ethnies ennemies. La paix était à ce prix. Il était devenu le “valet des Tutsis”. Il était l’homme à abattre. Dans le documentaire de Catherine et Philippe Lorsignol, de nombreux témoins confirment l’hypothèse du complot des extrémistes hutus. Leur projet: éliminer le “traître” et déclencher les tueries.

Et pourtant, pendant douze ans, la justice française va se claquemurer dans une version fabriquée de toutes pièces, celle d’un meurtre commandité par les Tutsis pour… déclencher leur propre génocide. Absurde ? Le juge Jean-Louis Bruguière, avec une cécité et un acharnement surprenants, ne bougera pas de cette ligne.

Catherine et Philippe Lorsignol apportent des preuves irréfutables, par de solides et nombreux témoignages, que le génocide des Tutsis était programmé depuis plusieurs semaines, qu’il n’avait rien de spontané, que la mort du président “félon” était le “top départ” des massacres et, enfin, que la France a tenté d’échapper à ses lourdes responsabilités. C’est désormais la piste que suit le juge Marc Trévidic, successeur de Jean-Louis Bruguière. Le magistrat, réputé pour son indépendance, retrouvera-t-il la trace des pièces volatilisées et, surtout, la boîte noire du Falcon 50 ? L’enquête sur le génocide rwandais est désormais dans sa saison 2. Pas sûr que l’image de la France en sorte grandie.

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