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La Mort de Kadhafi vue d’Afrique

par Bacary Goudiaby 26 Octobre 2011, 02:30 Analyses & opinions

kadaffiMouammar Kadhafi est mort. Les rebelles du conseil national de transition et les forces armées de l’OTAN ont fini par avoir raison de l’ex-guide libyen décédé jeudi à Syrte, sa ville natale. Les images de sa dépouille ensanglantée circulent sur les écrans de télévision du monde entier. Mais de multiples zones d’ombres subsistent sur les circonstances de sa mort. De sa capture à son achèvement, les journaux africains n’ont pas manqué de commenter les dernières heures de l’ex-dirigeant. Sa mort divise la presse africaine.

 

«Kadhafi: Fallait partir à temps», titre le quotidien burkinabè L’Observateur Paalga. Pour le journal «Kadhafi a disparu, l’homme est mort, le mythe est vaincu, mais on gardera de lui qu’il a tenu promesse ne serait-ce que sur un point: il avait promis qu’il ne quitterait pas son pays et qu’il avait choisi d’y mourir en martyr; il aura rendu l’âme en Libye». Le quotidien compare le sort peu enviable de l’ancien dirigeant libyen à celui de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et son épouse Simone qui «auront eu de la veine en échappant à cette furia qui s’est déchaînée contre la personne du Guide». Le journal estime que «la mort de Kadhafi aura fait œuvre utile si elle parvenait à convaincre timoniers, pères des nations et autres présidents bien-aimés, de sagement savoir réviser leurs folies des grandeurs».

 

«Nous ne fuirons pas. Nous mourrons ici», écrit le site Iinternet Guinée Conakry info qui rappelle que «Kadhafi et ses enfants avaient dit qu’ils mourraient en Libye». Aussi, «comme il l’avait promis, il se sera battu jusqu’à la mort. Ses adversaires ne savoureront donc pas le plaisir grisant de l’humiliation d’un procès à la Moubarak». Guinée Conakry Info prédit que "les Libyens regretteront un jour Kadhafi". L’Otan tôt ou tard s’en ira, les rebelles se retrouveront face à leur destin, le prochain gouvernement face à son devenir, les tribus à leur avenir, les divergences à la réalité». Pour sa part, le journal algérien Le Matin Demoz a félicité le peuple libyen: «Votre courage, vos sacrifices et engagements indéfectibles à retrouver el aâz wal karama vous ont conduit à la libération de votre pays de la tyrannie et de la négation du pouvoir».

 

Dans son éditorial, le site Internet Connectionivoirienne ne mâche pas ses mots à l’égard de l’ex-Guide: «Vanité des vanités, tout est vanité. Poussière… », écrit le site d’information. «Dans l’émotion, nous avions voulu voir Kadhafi en héros, jusqu’au bout: un leader authentique, assumant ses engagements et ses révoltes contre l’ordre injuste, comme le font tous ces révoltés qui défient la mort, et qui s’immolent! Un leader se tirant une balle dans la tête ou faisant exploser son bunker, pour éviter l’humiliation des images de sa mort, comme tout humain. Or, Kadhafi n’est rien. Il est comme tout le monde, comme vous, comme moi: un simple mortel! Tout ça en fait pour rien», déplore Connectionivoirienne. «Critiquons certes l’Europe, l’Occident et la France. Mais qui a pris la peine d’écouter les derniers messages de Kadhafi?», questionne le journal avant d’ajouter que l’ancien dirigeant «traitait une partie de son peuple de rat. Il a refusé les offres de partage de pouvoir de l’Union africaine. Les appels à la haine étaient terribles. Plus que le CNT, Kadhafi en sa qualité de président en exercice, avait la responsabilité de la paix». Et ConnectionIvoirienne de conclure: «Et un africain authentique, un vrai panafricaniste, s’il doit vraiment pleurer la mort de Kadhafi, doit également déplorer le fait qu’il n’ait songé à l’Afrique que pour sa propre gloire, et non pour l’épanouissement de son peuple en Libye et des peuples d’Afrique. Adieu Kadhafi, viva Libya, viva Africa»!

Khadhafi.JPGLes circonstances flous de la mort de l’ex-dirigeant ont suscité beaucoup d’interrogations au sein de la presse africaine. Le quotidien sénégalais Sud Quotidien est très critique à l’égard de l’OTAN. Avec son titre, «Un crime signé OTAN», le ton est donné. Pour le quotidien «l’OTAN, qui a permis au CNT de renverser puis tuer Mouammar Kadhafi, a porté un combat plus économique et idéologique que de défense des droits de l’homme». Pour le journal «le Guide libyen ne cachait pas son penchant panafricaniste. Question trop sensible dans un contexte de mondialisation où le diviser pour régner n’a jamais été aussi présente dans les stratégies de ceux qui veulent s’approprier les ressources d’un continent dont les dirigeants sont peu portés à défendre les intérêts de leurs peuples». Le Sud Quotidien souligne que «les informations les plus contradictoires ont circulé sur les circonstances de la mort de l’ex-Guide.» Le quotidien estime que malgré ses blessures «par un tir venu du ciel ou atteint par des combattants du CNT, voire exécutés par ces derniers après tortures, le vieux Colonel a au moins tenu promesse de ne jamais fuir la Libye, sa patrie.» Le journal désigne l’OTAN comme une «propagande ennemie» qui «avait tout fait pour présenter la situation sur le terrain, comme un des épisodes de ce qui a été hâtivement baptisé de "révolution" dans le monde arabe». Pourtant, écrit le quotidien «l’Egypte de Hosni Moubarak et, surtout, la Tunisie de Zine el Abidine Ben Ali, n’avaient quasi rien de commun avec le pays de Mouammar Kadhafi.» Le quotidien indique que «tout comme la Tunisie, le pouvoir était autocratique en Libye» mais «le fondateur de la Jamahiriya Arabe n’avait pas oublié son peule dans les retombées du pétrole dont regorge le sous-sol libyen. Au fil des années, le niveau de vie de la population s’est nettement amélioré. Logement, Education, Santé… la satisfaction de la demande sociale, s’agissant notamment des besoins primaires était une donnée unanimement reconnue dans le monde comme point positif sous le règne du Colonel».

Le quotidien malien Le Républicain écrit que «l’image du Guide au visage ensanglanté est dure à voir mais il faut bien plus qu’une annonce du CNT, une photo de l’AFP ou un communiqué de l’Otan pour que Bamako, Ouaga et bien d’autres capitales africaines, acceptent la mort de leur héros». Selon Le Républicain, «l’efficace fabrique de légendes que sont nos chaumières avait, de toutes façons, décerné toutes les palmes au Guide. Celle de l’invincibilité, celle de l’ubiquité, celle du courage». Le quotidien malien est également très critique à l’égard de l’OTAN : «La propagande qui veille à ce qu’il ne soit pas un martyr prétend qu’il s’était mis à genoux pour demander pardon aux Libyens. Mais il n’a pas été capturé dans un trou de rat comme Saddam Hussein. Il n’a pas succombé à un duel d’honneur contre Jibril. Il a été pilonné par l’Otan». Serait-ce «la frappe de trop?», questionne le quotidien... «Possible, car si le coup a tué un dictateur, il peut bien avoir donné naissance à un martyr», indique le journal. Dans ce cas là, «ce ne sont pas les déclarations faussement apaisantes et circonstancielles qui régleront le problème. Le fait est qu’après Kadhafi, les martyrs ce sont le Niger, le Tchad et le Mali».

khadafi 2«Une mort horrible. Une fin triste et dramatique! Humiliation! Kadhafi est donc mort. Et après»?, s’interroge Connectionivoirienne. Le site internet n’est pas le seul à s’interroger sur l’après Kadhafi. La question a fait le tour de la presse africaine. Pour le quotidien malien Le Pouce «ils sont enfin arrivés à terme de la mission qu’ils se sont assignés depuis la fameuse résolution 1973 du conseil de sécurité des Nations Unies» mais vogue maintenant la galère. «Qui va désormais extraire le pétrole libyen en toute quiétude sans aucune peur au ventre». «La preuve étant», selon le journal, «que la seule vie humaine qui hantait la paix et la sérénité nécessaires à l’expansion impérialiste de ceux qui se partagent aujourd’hui l’or noir de la Libye, vient d’être enlevée au grand dam de la jeunesse africaine éprise de l’idée des Etats-Unis d’Afrique.» Le quotidien poursuit: «A la vue de ces scènes de liesse, l’impérialiste occidental se rira toujours de la naïveté de l’Africain qui se glorifie de la perte d’un des leurs qui plus est natif de la patrie pour laquelle le CNT dit se battre. On aurait aimé que le sort de Kadhafi soit décidé par les libyens sans aucune ingérence quelconque». Et le quotidien de conclure: «En tous cas, tous les assassins du guide libyen se souviendront que le printemps arabe a mis plus de temps pour se dénouer en Libye qu’ailleurs en Tunisie et en Egypte. Ces assassins se diront désormais à l’abri de l’âme qui puisse leur donner du fil à retordre. Cependant ils auront éperdument une mort sur la conscience quoique leur victime ait été pire dans sa vie».

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