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L'ombre de la "Renaissance" sur les berges de la Saône

par Bacary Goudiaby 5 Janvier 2010, 12:30 Regard de la Diaspora

Photo-Collectif-Gaal-gui.jpgLes lumières du loin souriaient à l’oiseau de fer dont les ailes déployées s’ouvraient comme un bébé qui tend ses bras à sa mère. Bienvenue à Dakar.

La nuit dakaroise chaude dans un fond atmosphérique lourd d’humidité accueille chaleureux les passagers impatients de fouler le sol ancestral de la téranga.

Ce premier point de contact avec l’étranger qui entre dans le pays révèle ce «machin» qui suscite surprises et interrogations de la part du visiteur.

Le monument de la "Renaissance africaine" construit dans la capitale sénégalaise défraie la chronique depuis plusieurs mois. Cette attraction touristique controversée à l’initiative du président libéral du Sénégal, Abdoulaye Wade, âgé de 82 ans: "C’est l’Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière", aime t-il à expliquer pour justifier «son œuvre».

Le peuple sénégalais à travers ses différentes couches s’interroge sur la pertinence d’un tel «projet» dont la réalisation a été confiée par des ouvriers nord-coréen dans un pays où le taux de chômage n’est pas des plus flatteur du continent. Pis, le coût de ce monument qui s'élèverait à près de 20 millions d'euros, un budget monstrueux dans un pays qui souffre économiquement à cause du poids de la dette.

C’est dans ce contexte que des membres du collectif «Gaal-gui» de Lyon ont envahi le Consulat Général du Sénégal à Lyon, Mardi 22 décembre 2009. Mangoné Tall, porte-parole du Collectif explique leur action en ces termes : «Nous voulons contribuer aux débats en cours, dans de nombreux foyers sénégalais sur la question du monument de la renaissance notamment sur la distribution de ses recettes, une question qui tient à cœur tous les Sénégalais». Les membres du collectif ont occupé pacifiquement les locaux de la représentation du Sénégal dans la capitale des gaulles pour marquer leur opposition au président Abdoulaye Wade et plaider pour ces sénégalais et sénégalaises pour qui cet édifice constitue un gadget à admirer le ventre vide avant le coucher du soleil et qui subissent les coupures d’électricité dans des rues noires inondées.

Autre sujet de colère exprimé par les manifestants, le président Abdoulaye Wade a l'intention de s'octroyer 35% des recettes des visites du monument, à titre selon lui de droits d'auteur comme concepteur de la statue. Le reste des royalties iraient non pas dans les caisses de l'Etat comme c'était initialement prévu, mais reviendraient à "la Case des tout-petits".

Papis Diédhiou, président du Collectif rappelle que leur démarche a débuté par un mémorandum qu’ils avaient adressé au chef de l’état sous la forme d’une lettre ouverte. C’est ainsi que le collectif inscrit l’action du mardi matin comme étant la suite d’une démarche citoyenne.

 

Ce "projet somptuaire", représentant un couple portant un enfant et haut de 50 mètres, dont ses promoteurs affirment fièrement qu’elle sera plus grande que la statue de la Liberté, cristallise donc les mécontentements.

Ce «monument» jugé: trop cher, de mauvais goût, politiquement incorrect, est aussi la cible des imams qui n’ont pas hésité du reste à rappeler dans leurs différents prêches que cet édifice est contraire à la religion musulmane.

Même si un certain nombre de dakarois pensent que la "Renaissance africaine" va apporter du travail et des devises dans le pays, le collectif Gaal-gui, martèle que le président Abdoulaye Wade doit renoncer à son droit de propriété intellectuelle, qui lui donne droit (selon lui) et à sa famille des retombées générées par le monument et ce, pour 12OO ans.

 

Tenue au courant de l’occupation du Consulat, l’ambassadeur du Sénégal à Paris a demandé aux forces de l’ordre françaises de s’assurer de la sécurité des agents et des lieux. Joint au téléphone, Sem Cheikh Mbacké Sambe, Consul par intérim depuis le limogeage de Chaikh Sadibou Diallo n’a pas souhaité faire de commentaires.

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