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L’Afrique et la traîtrise en politique: Conclusion générale

par Dr. Serge-Nicolas Nzi 24 Avril 2010, 23:30 Analyses & opinions

Chefs-d-Etats-africains.jpgNotre continent, l’Afrique, se trouve à un carrefour important de son histoire douloureuse dans laquelle les grandes et petites trahisons ont occupé une grande place. Il est temps d’affronter courageusement nos problèmes sans faux-fuyant pour arracher nos pays des mains des eunuques qui nous dirigent, pour que l’homme africain quitte les soutes froides et sombres de l’histoire.

Souvenons-nous qu’à l’ouverture du sommet des chefs d’États francophones de Cotonou du 2 au 4 décembre 1995, le président français, Jacques Chirac avait sollicité une minute de silence à la mémoire de son ami, le dictateur rwandais Juvénal Habyarimana, sans avoir un seul mot de compassion pour les milliers de morts du génocide rwandais, perpétré par l’armée mono ethnique hutue du défunt président Habyarimana. Quand les Rwandais parlent des complicités françaises dans le génocide qui a ravagé leur pays, nous voici devant une des évidences.

Cela ne nous étonne pas, car la France a toujours, par lâcheté et par traîtrise, honoré les dictateurs au détriment des peuples africains. C’est bizarre qu’aucun des chefs d’États africains présents n’ait élevé la moindre protestation devant un tel étalage de cynisme. Ce jour-là, les Africains découvraient effarés et avec tristesse qu’ils sont dirigés par des eunuques.

«Lorsque dans un moment de lucidité, l’on sait la direction définie, il nous appartient de la réaliser ou trahir.» C’est ce que nous disait, hier encore, notre frère Frantz Fanon, ce médecin psychiatre antillais qui en soignant les fous voulait aussi sauver les hommes. Il avait quitté son poste de médecin à l’hôpital psychiatrique de Blida pour rejoindre la lutte de libération du peuple algérien.

Dans son livre «Les damnés de la terre», il évoque ce qu’il appelle les «nègres blancs». Il désigne, par là, les dirigeants des anciennes colonies qui, bien que leur pays soit devenu indépendant, se comportent comme des laquais.
À cet égard nous pouvons regarder l’attitude des dirigeants politiques membres du réseau franco-africain, très souvent absents aux réunions des organisations africaines d’intégration économique et qui se précipitent à la table du président français comme des nègres blancs, des laquais, voire même comme des eunuques dévoués corps et âme à leur souverain.

Dans l’empire Ottoman et dans l’empire du Milieu, les eunuques qui étaient des hommes castrés chargés de la surveillance du harem impérial, mais aussi constituaient une redoutable garde rapprochée très dévouée à l’empereur, ne pouvant pas procréer et incapables de fonder une dynastie, haïssaient et méprisaient leur propre peuple envers lequel ils n’avaient aucun devoir.
Nous sommes dans le même cas de figure avec la plupart des élites politiques africaines de l’espace francophone, castrées, frappées de stérilité, incapables de féconder le bonheur commun et le vivre ensemble, elles se mettent au service de la France, méprisant leur peuple à qui elles ne doivent rien. Par lâcheté et par traîtrise, elles sont plus fidèles à la France qu’à leur propre pays.
Car ces dirigeants savent que le danger, contre leur régime, viendra du peuple et du suffrage universel qu’ils méprisent, ils ont donc renoncé à la souveraineté de leur pays et tueraient leur mère pour plaire à la France qui est la nation européenne qui a avalisé les élections truquées qui leur ont permis d’arriver au pouvoir; ils ne doivent rien au peuple.

Voilà pourquoi ils retardent son progrès et son bonheur en l’enfonçant un peu plus, chaque jour que Dieu fait, dans l’obscurantisme et des aberrations de type stalinienne. Telle est la triste réalité qui découle du drame des trahisons successives que vivent les peuples africains.
Beaucoup d’Africains expliquent d’ailleurs les pillages qui accompagnent la chute de nos régimes politiques par un excès de colère populaire, qui s’attaque au symbole de richesse et d’opulence du régime déchu. Car disent-ils ce sont ces choses matérielles qui les rendent insensibles au sort de la majorité de leurs compatriotes. Le pillage, considéré par les populations comme une forme de redistribution démocratique, c’est aussi la réponse du petit peuple à la trahison des élites.
C’est justement pourquoi, très souvent, après le pillage, la populace en colère met le feu au domicile des membres de la nomenklatura pour exorciser la félonie, le diable et le mal dont ils sont porteurs, mal qui vit en eux et qui les a conduits au mépris, à la suffisance, et à la trahison des valeurs communes.

D’Houphouët-Boigny à Ahmadou Ahidjo, de Mobutu à Bokassa, de Maurice Yaméogo, à Étienne Eyadema, de Blaise Compaoré, à Sassou Nguesso, d’Idris Deby à Paul Biya en passant par François Bozizé et El Hadj Ali Bongo Odimba, nous vivons aujourd’hui encore le temps des eunuques. Une période qui marque le triomphe de la trahison, de la lâcheté et celui de l’arrogance de ceux qui représentent les intérêts étrangers dans leur propre pays.
Il faut que cela change! En effet il nous faudra deux fois plus de courages, aujourd’hui, pour répondre à l’immense besoin de justice de nos populations africaines. D’une meilleure redistribution des biens, d’une organisation plus équitable de la société africaine, avec d’avantage de participation, une conception plus désintéressée du service public au profit de tous.

Il y a, aujourd’hui, des violations sélectives et massives des droits de l’homme qui affectent la société africaine dans son ensemble. Cela nous amène à exprimer ici le désir légitime pour la population : les médias et la politique d’une libre expression respectueuse des opinions des autres et des biens communs au service de tous et non de quelques-uns.

Par exemple, avoir aussi, chez nous, des routes praticables en toutes saisons, manger à sa faim, se soigner, boire de l’eau potable, avoir un logement décent, un travail honnête, une pension pour ses vieux jours, le respect des responsabilités familiales, scolariser ses enfants, car la victoire de l’Afrique sur l’analphabétisme est à ce prix. Bref, tout ce qui fait que les enfants, les vieillards, les hommes, et les femmes d’un pays puissent mener une vie vraiment humaine. Nous faisons appel à nos amis européens, à nos élites politiques, à tous ceux qui disposent de la richesse, de la culture et du bon sens, pour qu’ils comprennent leur grave et urgente responsabilité.

Dans cette voie, nos élites politiques doivent être moins hautaines et méprisantes ; elles doivent éviter d’étaler l’or et les richesses acquis sur le dos et la sueur des populations. Il faut être moins suffisant, moins médiocre et très humble. L’humilité est un capital d’avenir dans la vie politique.

La clé de cette alternative passe par le suffrage universel. Il faut tourner le dos à la lâcheté, à l’arrogance, à la fourberie et aux mensonges pour embrasser le courage, le courage des peuples africains, dont le travail et l’ardeur au combat ont été piétinés, car au final, nous avons détruit l’ancienne maison, sans construire la nouvelle.

Nous sommes aujourd’hui au bord de la route, sous la pluie, sans toit, livrés à nous-même, dans un monde d’égoïsme institutionnalisé. L’humilité et la fidélité aux combats de nos peuples africains, demeurent la clé des temps nouveaux. Comme l’écrivait si bien notre frère, le poète haïtien, Jacques Stéphane Alexis: «Nous resterons fidèles, jusqu’à plus ample démonstration, à la formule selon laquelle le peuple, pris dans sa nasse, est la seule source de toute culture vivante ; il en est en quelque sorte la base, le fondement sur lequel viennent rejaillir les apports des hommes de cultures.»
C’est parce que nous avons très souvent été trahis que notre soif de justice et de reconnaissance est plus grande. Reconnaissance dans la redistribution, reconnaissance de la nation qui doit désormais être le partenaire de tous les citoyens pour se raccorder à elle-même afin de ne plus se trahir et conduire le peuple aux amers désillusions d’hier. C’est de cela qu’il s’agit.

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