Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Faut-il désespérer de l’Afrique?

par Bacary Goudiaby 27 Mars 2012, 23:30 Analyses & opinions

Enfant-d-Afrique.JPG«Un modèle de démocratie», «un exemple d’alternance réussie», «un laboratoire de la démocratie», etc. Et d’un seul coup, plus rien! Rébellion, mutinerie, silence radio, écran noir, prise du palais présidentiel…Quelques instants après, le petit écran se réanime : un groupe de militaires, les yeux rouges, l’air grave, très excités, déterminés, présentent les informations en lieu et place de ceux formés pour.

Diction approximative, lecture scolaire. Le message est pourtant clair et net: «Le régime incompétent … d’ATT» a été destitué. Dissolution des institutions républicaines, couvre-feu…

 

La junte annonce ainsi sa mainmise sur le pouvoir malien jusqu’à nouvel ordre. Ainsi, 20 ans après le massacre de femmes et d’élèves qui réclamaient liberté et démocratie, une vingtaine d’années après l’avènement du processus démocratique dans ce pays, le Mali renoue avec son passé trouble. Retour des vieux démons. Retour à la case départ. Le pays du général ATT (Amadou Toumani Touré) a renoué avec une pratique que seule l’Afrique refuse de proscrire en ce 21ème siècle. En ce siècle d’Internet, de la communication sans bornes avec les réseaux sociaux, l’Afrique demeure le seul continent abonné aux va-et-vient archaïques du balancier. Le Mali a été happé par une réalité tristement africaine : un pas en avant, deux pas en arrière. Hélas ! Mille fois hélas.

 

Autrefois chéri et adulé, le Mali est aujourd’hui infréquentable! Depuis 2008, les Occidentaux ont déconseillé ce pays très touristique, terre-mère du «djatiguiya», à leurs ressortissants. Depuis jeudi dernier, le Mali a été «excommunié» de la CEDEAO, de l’UA, bref, il est au ban de la communauté internationale. Comme en pareille circonstance, l’argent n’aimant pas le bruit, pour reprendre une expression bien connue, les institutions financières ont annoncé la suspension de leur coopération. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le Fonds monétaire international, ont décrété la fermeture de leurs guichets au Mali.

 

Et pourtant, il fallait seulement un petit mois pour que le processus démocratique malien franchisse un nouveau pallier, une nouvelle étape avec l’élection présidentielle pour la désignation du futur occupant du Palais de Koulouba. Cette étape franchie, et le pays allait accroître sa cote de popularité et de sympathie à travers le monde en matière de bonne gouvernance économique. La junte n’a pas laissé la chance aux démocrates maliens de goûter à ce plaisir, à cette joie. En faisant main basse sur le pouvoir, le pays de Soundiata Keïta replonge dans les profondeurs de l’incertitude et conforte sa place dans le cercle vicieux qui semble contenir l’espoir de bon nombre de pays du continent. Combien de temps faut-il au pays pour rebondir? En tous les cas, même si le pouvoir d’ATT était rétabli demain, plus rien ne sera comme avant.

 

Les Maliens ne pourront plus gommer de leur histoire que des soldats ont fait irruption dans leur processus politique. Il est maintenant à craindre que cette dérive ne conduise le "Navire Mali" vers des eaux tumultueuses avec des risques de naufrage. Loin d’être un acte isolé, les turpitudes maliennes risquent d’affecter la sous-région. En cas de crise prolongée, d’instabilité, c’est la sous-région qui va en pâtir. Cette nouvelle donne risque d’amplifier l’afflux des réfugiés vers les pays voisins. Aussi, la rébellion pourrait connaître un regain de tension. Le climat de cafouillage, de contradiction, de peur, de crainte, mais surtout d’incertitude pourrait profiter à la rébellion. Elle n’a d’ailleurs pas trop attendu. Profitant de la confusion à Bamako, la rébellion a annoncé sa volonté de conquérir d’autres villes au Nord du pays.

 

Une fois de plus, le continent s’illustre négativement. Même si certains ont vite fait de voir la main du diable dans cette affaire, force est de reconnaître que le diable ou tout autre force maléfique n’agit que sur un terrain favorable. Pendant que les militaires pillent le pays pour rattraper leur retard, le pays tout entier accroît son retard sur le chantier du développement. Un abîme de désespoir ! Afrique, qu’as-tu fait des rêves de grandeur de Kwamé N’krumah? Pourquoi toujours remettre en cause les acquis? Pourquoi tes filles et fils rechignent-ils à poser de grands actes? Pourquoi? Pourquoi?

Nos ancêtres ont construit des pyramides. Nous, nous construisons des châteaux de cartes. Il n’est donc pas étonnant qu’à l’heure actuelle, au Mali, le mythe de Sisyphe ait pris le dessus sur le rêve du grand Mali de Soundiata Keïta. Faut-il désespérer de l’Afrique? Non! Mais pour cela, il nous faut, dans les meilleurs délais, prendre du recul pour visionner le film de notre histoire, et en tirer les leçons et les conséquences. Osons sortir de la routine qui ne nous apporte rien. Un pays avance parce que ses filles et fils réfléchissent, se posent des questions, font de grands rêves.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Haut de page