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Diocounda Traoré est-il l'homme de la situation?

par Bacary Goudiaby 29 Mai 2012, 21:30 Analyses & opinions

Dioncounda-1.jpgLa transition au Mali ne sait vraiment pas où son cours l’emporte. Elle offre le spectacle d’un visage émacié par un tango-tango déstructuré, caractéristique d’un pas en avant, deux en arrière et trois autres sur chaque côté.

 

Ainsi, la discorde gouverne l’Etat et fanatise les foules au point qu’il se profile un avenir incertain. La faute incombe aux organisations de la société civile, à la classe politique et au Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat. Tous autant qu’ils sont, apparemment obnubilés par des calculs écœurants et exécrables, multiplient des étourderies qui mettent dangereusement en péril l’accord du 20 mai arraché, in-extrémis, par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avec le président par intérim, Dioncounda Traoré, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra et la junte militaire.

La preuve, le président de la transition, M. Traoré, violemment pris à partie par des pro-putschistes, blessé au visage et au dos, ignorant l’étendue exacte de ses meurtrissures, s’est vu obligé de quitter le pays pour recevoir des soins médicaux plus poussés et appropriés. A en croire ses collaborateurs, il s’agit, ni plus ni moins, que d’une visite de routine programmée de longue date comme il en effectue aussi souvent. Cette thèse a du mal à passer dans la mesure où le chef de l’Etat aurait pu, comme cela se passe un peu partout dans tous les pays gangrenés par des crises, reporter pour une fois et pourquoi pas une autre fois encore, sa visite médicale, le temps de reprendre totalement la main.

Vraisemblablement que le président de la transition, craignant un sort pitoyable, avec la dégradation de la situation sociopolitique, a compris que l’histoire semble se liguer contre lui. D’où le fait qu’il ait décidé de sortir de sa planque pour réapparaitre à Paris où il compte récupérer énergiquement et plancher sur la suite de son engagement dans le processus en cours dans son pays. Peut-être même qu’il va mettre son séjour à profit pour nouer des contacts avec les nouvelles autorités françaises, en vue de s’arroger de nouveaux viatiques. Qu’à cela ne tienne, « l’antitraorisme » semble gagner inexorablement du terrain dans les rangs de la jeunesse éveillée au spectacle du monde et au matraquage du chômage et de l’échec.

Tout cela amplifié par des appels sur des radios FM sur les bords du Djoliba. On comprend aisément pourquoi, non encore satisfaite de la gifle qu’elle lui a assénée, elle s’est résolue à porter l’estocade à un Traoré humilié, épongé et harassé, qui a finalement décidé de s’éclipser loin du tintamarre truffé des cris stridents de la horde de jeunes enfiévrés. Ceux-ci, par la voix de leurs leaders, ont décidé de se rendre à Kati pour demander au chef de la junte, Amadou Haya Sanogo, de prendre les rênes du pouvoir. Tel que les évènements se déroulent, il n’est pas exclu qu’on suspecte qu’il y a un continuum entre la junte et les organisations de masse qui s’agitent.

 Avec la bénédiction des militaires, toute impunité garantie, ces structures qui, pour la plupart, ont subitement fait leur apparition sur la scène, à la faveur du coup d’Etat du 22 mars 2012, vont continuer de vociférer jusqu’à ce que les échos emportés par le vent ne lui parviennent dans son supposé paisible "asile" parisien. La conséquence la plus préjudiciable, c’est qu’il soit plus que jamais troublé dans son for intérieur, prolongeant de fait son séjour qui, jusqu’ici, relève d’une zone de secret blafarde jalousement partagée par son cercle de collaborateurs le plus intime.

Inutile de dire que la révélation de la confidence cristalliserait les passions et les irréductibles du capitaine Sanogo pourraient à nouveau prendre date avec l’histoire pour éconduire son avion, le contraignant à atterrir ailleurs... Il convient urgemment que le désormais ex-président malien, M. Sanogo, qui sans nul doute surfe sur le dernier accord de Bamako pour se murer dans le silence, se décide à mettre un terme à la récréation qui n’a que trop duré. On attend qu’il sorte de sa besace une de ces solutions qu’il a appliquée aux bérets rouges pour mettre au pas les agitateurs des mouvements à la fiabilité suspecte.

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