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Cour Pénale Internationale: Rupture ou continuité

par Bacary Goudiaby 19 Juin 2012, 21:30 Analyses & opinions

imgfatou-bensouda02.jpgAprès neuf années de bons (et loyaux?) services rendus à la Cour pénale internationale (CPI), l’Argentin Luis Moreno-Ocampo quitte ses fonctions de procureur. Pour le remplacer, celle qui était son adjointe depuis 2004 : la Gambienne Fatou Bensouda qui a prêté serment le 15 juin dernier, après avoir été élue à la tête du bureau du procureur de la CPI depuis le 12 décembre 2011. Un honneur fait au continent noir qui voit une de ses filles propulser au niveau d’une juridiction internationale de la plus haute importance. Malheureusement, tout le monde ne se réjouit pas de cette promotion. Les critiques faites à la CPI via son emblématique et médiatique procureur Ocampo, rejaillissent un tout petit peu sur la joie que les Africains, dans leur ensemble, devraient éprouver avec cet honneur fait à une de leurs sœurs.

 

Tous ceux qui ne portent pas la CPI dans leur cœur n’applaudissent pas cette promotion de l’ancienne ministre gambienne de la Justice. Pour eux, elle ne devrait même pas accepter un tel poste d’une instance judiciaire créée par les Blancs et qui jusque-là, ne traque et ne juge que les Noirs . A leurs yeux, Fatou Bensouda est même une fausse sœur qui pourrait même être plus impitoyable que Luis Moreno-Ocampo qu’ils ont passé le temps à vouer aux gémonies.

A l’opposé de ces «aigris», il y a ceux qui se réjouissent de la prise des commandes du bureau du procureur de la CPI par une Africaine qui constitue une fierté pour le continent noir. Au-delà de ces réactions contradictoires, la question est de savoir dans quel sens pourrait aller la nouvelle procureur. Va-t-elle rompre avec le style de son prédécesseur empreint par moments de zèle? Ou bien madame le procureur va tout simplement suivre le chemin tracé par son illustre devancier? C’est à l’aune de ces deux directions que ses moindres faits et gestes seront observés et analysés.

Quelque temps après son élection, elle avait déjà laissé entrevoir la direction qu’elle allait prendre. En effet, elle a laissé entendre qu’elle aurait comme boussole la défense des victimes des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis sous toutes les latitudes et pas forcément en Afrique. Les dirigeants africains qui voudraient compter sur sa bienveillance, sur la fibre filiale pour bénéficier d’une impunité de sa part malgré les crimes commis contre leur peuple, sont avertis. La meilleure garantie pour eux contre les mandats d’arrêt de la CPI est de s’abstenir de commettre des crimes dont ils pourraient répondre devant cette juridiction.

En s’illustrant par une gouvernance acceptable, ils rendent, par ricochet, un service à leur sœur de la CPI qui doit faire correctement son travail, quitte à sévir s’il le faut, contre tout le monde y compris ses frères. Lesquels doivent éviter de se comporter en despotes ayant droit de vie et de mort sur leurs «sujets». Il ne faut pas prêter le flanc pour ensuite crier au loup, à la discrimination judiciaire. Celui qui n’a rien à se reprocher ne doit pas avoir peur d’une quelconque justice même internationale. Quel crédit accordé par exemple aux récriminations d’un Charles Taylor contre la CPI après ce qu’il a commis comme crimes dans son propre pays ou en Sierra Leone?

On attend aussi avec impatience de savoir ce que Laurent Gbagbo, un autre justiciable de luxe légué à la procureur, dira le 13 août prochain de la même justice internationale après ce qui est arrivé dans son pays. La justice, disait un auteur, ce n’est pas quand on gagne un procès. On doit pouvoir aussi dire qu’il y a justice quand on a perdu un procès dans lequel on reconnaît soi-même ses propres fautes et torts.

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