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Ce qui reste de l'empire

par Bacary Goudiaby 26 Novembre 2012, 03:30 Analyses & opinions

francophonie 2Que retenir du dernier sommet de la francophonie ?

Le sommet de Kinshasa a vécu. Et les regards sont désormais tournés vers le prochain prévu en 2014 à Dakar. Jamais sommet de la francophonie n’aura autant suscité de polémique et autant mis mal à l’aise les autorités du pays hôte. En août, le président Hollande avait, par sa décision de se rendre à Kinshasa, ‘’indisposé’’ l’opposition congolaise, qui l’a entre-temps soupçonné de venir apporter sa caution à la dictature de Kabila qui avait, du coup, retrouvé une certaine sérénité.

Survient à quelques jours de l’ouverture du sommet de la francophonie, cette rencontre de Paris entre le SG de l’ONU et le président Hollande où celui-ci a vertement condamné l’absence de démocratie en RDC, les violations des droits de l’Homme ainsi que le manque d’égard pour l’opposition congolaise et jugé cette situation inacceptable. Dès lors l’ambiance sera électrique entre Paris et Kinshasa. Ce fut en somme la réponse du berger à la bergère. Le tête-à-tête que le président Hollande aura eu avec son hôte Kabila dès son arrivée en RDC se déroulera dans une atmosphère tendue. Cet échange sera qualifié de franc et direct par l’entourage du président français. Dès lors, on peut imaginer les vérités poignantes qui ont pu être assénées au rejeton de Désiré Kabila.


On remarquera que le discours d’ouverture de Kabila ne sera pas salué par Hollande: pas d’applaudissement à la fin. Dans le discours qu’il a délivré, le président Hollande n’a pas prononcé une seule fois le nom de Joseph Kabila. On parlera même de poignée de mains furtive entre les deux hommes à leur rencontre lors du tête-à-tête d’avant l’ouverture du sommet, contrairement au protocole diplomatique habituel. Par contre, lorsque le Secrétaire général de la francophonie, Abdou Diouf aura prononcé son speech, on a vu Hollande l’acclamer. Il lui a même fait une longue accolade. Même chose pour le ministre canadien de la francophonie que Hollande a chaleureusement salué.

Autre fait marquant, la médiathèque du Centre culturel français de Kinshasa sera baptisée du nom de ce militant et défenseur des droits de l’Homme assassiné en juin 2010, Floribert Chebeya dans les locaux d’un commissariat de police de la capitale. Ce sont là autant de signaux forts qui démontrent que Hollande serait pressé de mettre fin aux violations répétées des droits de l’homme sur le continent. On n’avait jamais vu cela auparavant. Rappelons que la société civile congolaise réclamait depuis un moment l’érection par les autorités congolaises d’une stèle à sa mémoire.


Le président François Hollande a placé le 14ème sommet de la francophonie sous le signe de la démocratie et du respect des droits de l’Homme en Afrique. Autre chose, à Kinshasa il a reçu Etienne Tchisékédi qu’il qualifie d’opposant historique. Les échanges auront été plus cordiaux. De son côté, l’opposant congolais s’est dit très satisfait de cette audience.

Dans la mesure où, avant d’atterrir à Kinshasa il a fait un bref séjour à Dakar au cours duquel le président François Hollande a largement annoncé les couleurs avec des déclarations et un discours largement salués par nombre de Sénégalais et d’intellectuels africains d’une manière générale, on peut considérer qu’il s’agit d’un début d’une ère nouvelle pour les relations entre la France et l’Afrique. Le discours de Dakar qui, bien que ressemblant un peu aux précédents faits par les chefs d’Etats français et notamment Chirac et Sarkozy, tranche largement avec la langue de bois habituelle de la Droite française.

La fermeté manifestée par Hollande à l’endroit du régime congolais combinée aux nombreuses sorties déjà faites par le nouveau patron de l’Elysée donne à croire que l’homme est décidé à soigner la mauvaise image collée à la France depuis plusieurs années déjà.

Le sommet de la francophonie avant sa clôture a adopté quelques résolutions par rapport aux exactions dans l’est du Kivu, à la crise qui secoue le nord du Mali et par rapport à la promotion de la démocratie en Afrique. Rendez-vous est pris pour dans deux ans au Sénégal où le bilan permettra de juger le sérieux de l’action de François Hollande ou de le condamner. En attendant, on peut dire qu’il suscite de l’espoir.

 

François Hollande enterre la Françafrique.

Le chef de l’Etat français, en visite à Dakar a évoqué le passé entre la France et l’Afrique : « L'histoire que nous avons en commun, elle est belle, elle est rebelle, elle est cruelle », puis il a rapidement dessiné les perspectives : «Ce qui nous rassemble aujourd'hui c'est l'avenir».

«Je ne suis pas venu en Afrique pour imposer un exemple, ni pour délivrer des leçons de morale. Je considère les Africains comme des partenaires et des amis. L'amitié crée des devoirs, le premier d'entre eux est la sincérité. Nous devons tout nous dire, sans ingérence mais avec exigence » a déclaré le président français qui a résumé en trois mots les relations qu’il veut établir avec l’Afrique: « franchise, transparence et respect».

François Hollande a également dit sa confiance dans l’avenir de l’Afrique qu’il juge essentiel pour la marche du monde: « Aucun enjeu planétaire ne pourra se faire sans l'Afrique », a-t-il souligné.

Enfin, il a appelé l’Afrique à s’inspirer du parcours démocratique du Sénégal : « Le respect des droits de l'homme, l'égalité devant la loi, la garantie de l'alternance, les droits des minorités, la liberté religieuse: autant de valeurs universelles ancrées chez vous et qui doivent s'épanouir dans toute l'Afrique.» a-t-il déclaré à son auditoire sénégalais, sous les applaudissements.

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