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A quand la fin du mépris?

par Akodien 18 Novembre 2008, 03:23 Analyses & opinions

Le président rwandais Paul Kagame a déclaré dans une interview à un journal britannique que l'Europe avait fait preuve d'un "mépris total" pour son pays en arrêtant Rose Kabuye, la chef du protocole présidentiel rwandais.

 

Il a précisé dans cette interview au Financial Times que les accusations lancées contre elle étaient "sans fondement". Rose Kabuye a été arrêtée le 9 novembre en Allemagne en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par la France et doit être remise à la justice française.

Cette proche du président Kagame est l'une des neuf personnes recherchées par la justice française pour leur participation présumée à l'attentat contre l'avion de l'ancien président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide qui a fait selon l'ONU 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie.

Après son arrestation à l'aéroport de Francfort, Mme Kabuye avait indiqué vouloir être rapidement transférée en France. Kigali a vivement protesté contre cette arrestation, dénonçant "un abus de la juridiction internationale" visant "une femme innocente" victime d'une "enquête manipulée" de la France à caractère politique.

 

Dans une interview à une radio rwandaise, "Contact FM", Abdul Ruzibiza, le principal accusateur de l’actuel régime de Kigali pour son implication présumée dans l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, se rétracte. Par le passé, cet ancien militaire du Front patriotique rwandais (FPR), réfugié en Norvège, avait déjà émis des réserves sur l’usage qui avait été fait du témoignage qu’il avait donné au juge d’instruction français de l’époque, le spécialiste de l’antiterrorisme, Jean-Louis Bruguière. Cette fois-ci, il va beaucoup plus loin.

Sur plainte de proches du pilote et des membres d’équipage, français, de l’avion Falcon qui a été abattu par un missile le soir du 6 avril 1994 lors de sa descente sur l’aéroport de Kanombe, le juge français, au terme de son instruction, avait délivré des mandats d’arrêt internationaux contre des proches de l’actuel président rwandais, Paul Kagame, pour leur participation présumée à l’attentat. C’est en vertu de ceux-ci que la directrice générale du Protocole de la présidence rwandaise, Rose Kabuye, a été arrêtée, dimanche dernier, à l’aéroport de Francfort. Cet acte a provoqué une crise diplomatique entre Kigali et Berlin et a amplifié celle entre Kigali et Paris. L’ambassadeur allemand au Rwanda a été expulsé de Kigali.

 

Or, dans cette interview donnée à une radio proche du pouvoir rwandais et qui tombe évidemment à pic pour la défense de Rose Kabuye et des autres prévenus, Abdul Ruzibiza, non seulement revient sur ses accusations mais assure qu’il a d’initiative monté cette histoire pour nuire au régime rwandais.

 

Les déclarations d’Abdul Ruzibiza doivent être confirmées et étayées. Si tel était le cas, cela enfoncerait un coin dans l’enquête du juge Bruguière. L’avocat de Rose Kabuye en est bien conscient mais reste prudent dans l’attente de la confirmation des rétractations d’Abdul Ruzibiza.

Il est tout de même intéressant de rappeler les manquements  a l’œuvre dans ce dossier: la façon dont l’enquête française a été menée: pas de preuves matérielles, pas de témoignages directs, pas de devoirs d’enquête à Kigali. Dans ce contexte, les rétractations de Ruzibiza peuvent s’avérer "essentielles".

Rose Kabuye devrait être extradé de l’Allemagne vers la France, mercredi. En revanche, la justice française a refusé d’extrader vers le Rwanda Pascal Simbikangwa, arrêté à Mayotte le 28octobre et recherché pour sa participation au génocide, membre de l’entourage de Juvénal Habyarimana, et surnommé "le tortionnaire". Ce qui ne va pas davantage améliorer les relations franco-rwandaises.

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commentaires

Bernard Simon 18/11/2008 16:48

L'utilisation politique indigne des faits démontre l'urgence absolue de faire la lumière sur les responsabilités partagées du drame rwandais. Les rumeurs continuent a faire des dégâts, à ériger des listes... Pensons aux victimes innocentes, tutsi et uthu aux millions de personnes qui ont fui leur pays... aucun crime n'est excusable, hier comme aujourd'hui, il en va de la dignité de l'homme et non de celle de nos régimes.

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