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04 novembre 2008. Le D-Day…

par Akodien 8 Novembre 2008, 01:01 Analyses & opinions

Tôt le matin, à six heures, l'information se poursuit. Canal + nous parle du monument d'Arlington, de Guantanamo, des Gi's morts à Kirkuk, des rituels qui cimentent la nation américaine, des guerres de Bush… Puis, la chaîne nous livre une interview que lui a accordée Dan Rather, le journaliste le plus connu d'Amérique, semble-t-il. Pour lui, l'Amérique vit un tournant décisif de son histoire. Ses derniers mots sont : peur et pleurs.

Sur France 24, l'on reparle de la crise des années 30, du taux de chômage d'alors : 24%, du new deal, du président Roosevelt. Dans un reportage spécial, les pauvres de Chicago exigent à Obama de ne pas les oublier. En Arizona, le courant ne passe pas toujours entre Mc Cain et ses militants. En même temps, l'on annonce le décès de la grand'mère du sénateur de l'Illinois, celui qui a grandi dans les quartiers chauds de Chicago, Barack Obama. Mais l'information passe presque inaperçue. Aujourd'hui, jour d'élection, la nécrologie ne vend pas. Ni même la crise économique. La machine médiatique tourne à feu continu et le monde a les yeux rivés sur la présidentielle. Une élection historique, selon les journalistes.

Néanmoins, France 24, au bout de quelques heures se rebiffe et en parle. La chaîne analyse ce que peuvent être les impacts du décès sur l'élection : une dame de 86 ans, une personne de race blanche, la mère de la mère du fils du noir Kenyan. Tous sont décédés. Obama n'a plus de famille. Il ne lui reste que l'Amérique, sa grande famille, celle pour laquelle il se bat depuis 1996 pour apporter le changement : ce qu'il appelle lui-même la chute des murs. Il l'affirme devant 200 mille spectateurs à Berlin, un pan de l'histoire en Europe et dans le monde, après s'être révélé à l'Amérique en 2004, à Boston.

D-Day toujours… La confrontation entre Mc Cain et Obama livre ses derniers suspenses tant elle est serrée. Malgré tout, Obama réussit !

Malgré tout, il remporte la Californie et la Floride (grâce aux Hispaniques), dépasse le seuil des 270 grands électeurs nécessaires pour obtenir la majorité au collège électoral, remporte le vote populaire.

Des scènes de liesse se forment à travers toute l'Amérique, notamment dans son fief de Chicago, où des dizaines de milliers de personnes ont repris en chœur le slogan du candidat métis: "Yes, we can".

"C'est la fin d'un long voyage. J'appelle tous les Américains qui m'ont soutenu à se joindre à moi pour féliciter le futur président mais aussi pour l'assurer de notre bonne volonté", déclare de bonne foi Mc Cain, 72 ans.

A 47 ans, Obama devient ainsi le 44e président des Etats-Unis. Et la fin du Moyen Age américain se confirme et devient une réalité observable alors que tout le monde ou presque s'y attendait.


Chaque jour est un événement. Le grand public n'a rien vu venir. Or, les médias n'ont de cesse de sonner l'alerte depuis longtemps : l'Occident est-il en déclin ?

Chaque jour donc renvoie à une thèse sur la diplomatie et l'avenir de la planète. Plus inquiétant, les marchés boursiers se meurent, de jour en jour, et amènent de grosses entreprises bancaires à déposer le bilan. Les ouragans tuent des familles entières, détruisent des maisons entières, appauvrissent  des villes entières. Les terroristes décapitent des innocents, squattent la conscience populaire, donne le tournis à l'administration, mobilisent la presse. On dirait la fin de l'histoire, le début de l'histoire. Que sais-je dans un tel imbroglio ? Et l'actualité le prouve. Tantôt, ce sont les «vaincus» d'hier (les non occidentaux) qui traduisent la volonté de prendre leur revanche. Tantôt, ce sont les «vainqueurs» d'hier (les occidentaux) qui marquent le pas. Dommage, les forteresses tremblent ! Et depuis peu, le fait est le même : les forteresses ont atteint leur limite et ne tiennent plus. Triste fait… Qui plus est, l'actualité ne montre pas que des murs qui s'affaissent. Elle révèle aussi des cloisons de l'esprit qui tombent comme tombe le blé d'hiver, des rendez-vous intergouvernementaux et, parfois, non gouvernementaux sans accord ni perspective, des travaux qui trompent la vigilance des sages d'Oslo, des projets intégrateurs qui échouent sur le rivage de la globalisation globalisante alors qu'il n'était pas encore l'heure. L'heure d'un monde préfabriqué autour de «réalités observables». L'heure des marchés librement squattés par les spéculateurs sans humanisme ni scrupule. L'heure des livres aux titres pompeux, du genre : le regain démocratique de Jean François Revel, le XIe commandement d'André Glucksmann…


L'heure des choix, à la fois idéels et factuels, sur l'existence ou l'essence de ce qui fait et défait le monde. L'heure de prédire la vie des hommes. L'heure de vivre pleinement son identité, ses cultures. Hélas ! Entre la volonté et la réalité, il y a tout un monde. Il faut noter que la pendule avait sonné, trop tôt, les théoriciens et praticiens de la mondialisation y avaient crû alors que l'appareil boguait seulement. Quelles plumes ignares ! Aucune Signare n'aurait dû tomber, au dix-neuvième siècle, sous le charme de ces duvets périmés. C'est sûr, aucune de ces belles dames de l'histoire de Saint Louis du Sénégal ne les aurait adulés, à cette époque tristement vécue. Jamais, jamais ! Jamais… Il faut le dire en termes simples : le regain démocratique de Jean François Revel, le XIe commandement d'André Glucksmann sont des essais sans référence ni révérence pour avoir jeté l'anathème sur l'humanité, pour avoir travesti l'histoire, pour avoir «raccompagné au cimetière la dépouille» d'un sujet en vie. Eh bien, qu'ils sachent que l'histoire vient de débuter. Elle n'avait jamais commencé au point de prendre fin. Disons-le ici et maintenant au risque d'en prendre des tonnes sur le visage, ces auteurs de seconde main, comme d'autres auteurs du reste, méritent d'être attraits à la barre du tribunal international de l'esprit et de la lettre, à créer certes. Ils doivent être jugés et condamnés par leurs pairs, comme je suis entrain de le faire de manière policée. Dieu sait qu'ils sont nombreux, ces auteurs de seconde main qui, en voulant tromper l'histoire, ont fini par se tromper eux-mêmes. Tous, sans exception, avaient crû que ce fut l'heure, la fin de l'histoire, le passé d'une illusion, le choc des civilisations, l'entame d'une nouvelle ère ayant pour socle la pensée votée. Vainement mais aussi et surtout absurdement. Ils y avaient crû, tous ou presque, alors que c'est maintenant, aujourd'hui seulement, qu'il fallait parler de tout : la faim et la fin. La fin achevée de l'histoire, par exemple. La chute du mur de Berlin n'a été qu'une étape et un écran de fumée pour les nombreux écrivains qui ont eu à enterrer, avant la lettre, l'anti-Occident ou à consacrer l'Occident au point d'inventer une civilisation de plumes géopolitiques sans lendemain. Ni Fukuyama ni Hintington encore moins François Furet n'ont vu non plus venir la chute des murs et la victoire de la polémique. Peut-être, entrevoyaient-ils, la défaite de l'action et de la pensée martiale ! Et même, à ce niveau, ils se sont encore trompés. Décidément… La Russie est bien là. Elle est de retour et cela fait peur, au point de donner des idées noires. Elle revient au moment où l'Europe et l'Amérique hésitent et frissonnent en Afghanistan où se joue une séquence stratégique de l'histoire. Décidément… Tout change mais tout n'évolue pas. Aujourd'hui, c'est la confusion générale, le flou total à Kaboul. Aucune grande puissance ne peut dire avec exactitude à quand la fin du bourbier Afghan ou taliban. Toutes les puissances éprouvent une immense peine dans le bourbier et peinent à en sortir. En effet, pour une gouvernance mondiale affirmée, il faudra encore attendre et se résigner. Pour preuve, ce n'est pas demain la veille qu'on verra l'élargissement du G8 au Sénégal, à la Chine, à l'Inde, au Venezuela, à Haïti. Ce n'est pas non plus demain la veille qu'on verra «un conseil de gouvernance mondiale» qui foisonnerait puissance économique et légitimité politique, avec la fusion souhaitée du nouveau G16 et du  conseil de sécurité. Ce n'est pas enfin demain la veille qu'on verra, placés sous l'autorité de ce conseil, le Fonds monétaire, la Banque mondiale ainsi que d'autres institutions financières à vocation internationale. La faim est trop présente dans le ventre des huit. La faim d'une gouvernance à eux, à eux seuls.


Les Africains ont beau s'expliquer sur la nécessité et l'urgence d'une nouvelle gouvernance mondiale mais cela n'émeut qu'eux et ceux qui vivent au pied des murs de la pauvreté. A preuve, ni la rencontre de l'Organisation mondiale du commerce à Genève, en juillet 2008, ni le sommet du G8, tenu au Japon quelques jours auparavant, n'ont su trouver une solution à la crise vivrière qui secouant la planète. Extraordinaire ! De toute façon,  je m'y attendais. Personnellement. Je n'ai pas eu, à ce sujet, aucune surprise. Les dés ont été pipés d'avance ! Les murs s'affaissent. Comme les autres rencontres auxquelles ont pris part toutes les grandes puissances du monde pour définir et redéfinir les paramètres de survie des hommes, ces rencontres restent des revers et la suite logique des bavures de la gouvernance mondiale. Et depuis 2005, lors du sommet du G8 de Glenaegles, en Ecosse, je sentais le coup venir. A l'époque, les huit promettaient de doubler leur aide à l'Afrique pour la porter à cinquante milliards de dollars par an d'ici à 2010. En vain… Déjà, en juillet 1989, lors du sommet de l'Arche en France, lorsque le président François Mitterrand invitait, pour la première fois, les dirigeants de plus de vingt pays du Sud, certains d'entre les huit rechignaient à  rencontrer leurs homologues des pays du Sud et disaient ne jamais reconduire l'expérience française. Ce fut le début de la faim de l'histoire ! Ce fut aussi la fin d'une tendance : la débâcle du système de l'aide au développement. Et bien, que tous les pays non occidentaux, sans exception aucune, se le tiennent pour dit, l'Union de la Méditerranée est une grosse cabale contre eux, contre leur souveraineté, contre l'humanisme. Ils seront utilisés, le temps d'organiser un nouveau marché et dès que leurs populations s'habitueront à ce marché libre, ils seront écartés et laissés en rade. Le marché n'a pas de sentiments.  Les murs continuent de s'affaisser. Bientôt, les réserves pétrolières devront s'épuiser. Elles tariront dans un futur tout proche. Dans une cinquantaine d'années, plus exactement, on n'en reparlera plus dans les marchés mondiaux. C'est l'une des raisons servies qui font que le baril coûte, de plus en plus, les yeux de la tête. Les grands pays producteurs (notamment, les pays qui ne disposent que de cette ressource pour faire leur économie et financer leur développement) font tout, de leur possible, pour en tirer le maximum de profits et d'intérêts. Histoire d'assurer leurs arrières, le temps que les gisements régénèrent. Bientôt aussi, Israël devra casser les porcelaines de la colonisation, imposer la création de l'Etat palestinien et se liguer avec ses voisins du Proche-Orient pour l'institution d'un marché commun. Je n'en doute guère.


L'obligation de survie l'exige et l'Amérique, dans un futur proche, lorsque les puits du Moyen et Proche-Orient tariront, compte tenu des enjeux inhérents à l'énergie et aux vivres, sera obligée de s'éloigner de l'Etat hébreu et de consacrer un autre Etat, soit en Afrique (dans un pays non loin de la Méditerranée, aux côtés de la Libye et de l'Algérie pour tenter de tirer profit de l'exploitation pétrolière en Afrique du Nord), soit en Europe (en Turquie et en République Tchèque plus exactement, pour essayer de freiner l'hégémonie de Bruxelles et de l'euro puis pour faire face à la résurrection des russes), soit en Asie (dans un Etat voisin de la Chine, pour mieux espionner et contrôler Pékin et Pyongyang), soit en Amérique Latine (dans un pays qui aura vocation à déstabiliser le bloc qui se dessine autour de Caracas et de Santiago du Chili). Ainsi, avec tous les changements qu'implique et qu'impliquera la crise vivrière et énergétique, l'Amérique ne pourra plus tenir et continuer d'assurer à Tel-aviv ainsi qu'au lobby Juif la sécurité d'Israël. Bientôt enfin, la course de fond aux fonds devra livrer son verdict final. Puisque, dans le peloton de tête, alors que peu d'observateurs et de spectateurs la voyaient venir, la Chine marche à pas de charge et fait peur aux autres concourants. De l'Afrique du Nord à l'Afrique de l'Ouest, en passant par l'Afrique du Centre, l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe, cet empire apparaît, à la différence et à l'opposé du Roi-Occident, comme un partenaire sûr et prometteur dans le nouveau marché qui s'impose.  Pékin s'y emploie au moment où l'Europe et l'Amérique continuent de montrer toutes leurs limites financières et de tracer les sillons économiques de leur propre revers idéologiques. Aujourd'hui, à l'image de la diplomatie classique expirante, de la gouvernance verticale obsolète et du boulimique système financier, l'Amérique a, grandement et vachement, capitulé dans sa gouvernance et son dirigisme.


La plus grande puissance a échoué dans sa vocation à garantir l'équilibre du monde. Oui, elle a bel et bien failli à sa mission en faisant de l'univers un jouet instrumental, et jamais, un atour, mettant à longueur de travers, sans scrupule, tous les atouts de la domination de son côté. Finalement, des années, des décennies et des siècles durant, son projet ou angélisme globalisant (social, culturel, commercial, démocratique, diplomatique et économique) n'aura été qu'un leurre, une fiction, un mirage, une honte et une galaxie de clichés : ku klux klan, Guantanamo, Kosovo, Moldavie, Vietnam, Iran, Somalie, Irak, Afghanistan et aujourd'hui, les céréales qu'elle brûle pour de l'énergie… Finalement, il règne, dans cette Amérique-là, une folie, à la fois clinique et martiale, que le monde peine à comprendre et à contenir. Les cascades de violences identitaires y sont tellement légion qu'elles ont fini par transformer la société yankee en jungle économique et se déteindre sur les autres sociétés qu'elle a tenu à façonner manu militari. A tout moment, son système financier peut s'écrouler, comme le mur de Berlin qui tombe.  Le système a presque volé en éclats. Mêmes Hollywood et les icônes de son cinéma n'en peuvent plus, qui s'intéressent à la gouvernance. C'est dire que la démocratie n'y est plus un gage de sécurité. Les murs s'affaissent encore plus. Et les débris de sa chute programmée se ramassent à tout vent. Toutefois, cette Amérique-là ne tiendrait pas à disparaître de la carte des grandes civilisations. L'Amérique voudrait plutôt sortir du coma dans lequel elle s'enlise. Tel un Sphinx, elle voudrait aussi renaître des cendres du World Trade Center et de l'après mur de Berlin, se recréer, tout en créant une société nouvelle et en donnant à un homme de couleur, Obama, toute sa puissance.

 

 

Et demain la fin de cette trilogie

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