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De la responsabilité des intellectuels africains

par Akodien 21 Mai 2008, 14:00 Opinions

Il ne faut pas toujours voir aux politiciens la source des maux du continent africain. C’est le point de vue ci-dessous, qui jette la pierre aux intellectuels qui ont aussi leur responsabilité dans la situation peu enviable du continent africain.

L’expression "vie chère" au début apparaissait comme dépourvue de sens avant d’atteindre sa vitesse de croisière dont la lisibilité s’est exprimée à travers ces manifestations un peu partout en Afrique. C’est dire que les enjeux du phénomène dans toutes les dimensions intéressent l’ensemble des acteurs au développement quant au solutionnement de ces épineuses questions africaines. Surtout au regard des analyses, commentaires et autres débats, visiblement, la chose la plus fondamentale, la question de toujours qui mérite d’être au centre de ces enjeux, a été occultée : quel est le rôle des intellectuels africains dans cette situation ? En remontant (ou redescendant plus loin), ne faut-il pas se poser cette question : l’intelligentsia africaine n’est-elle pas la première responsable et coupable de cette épouvantable misère ?

Ce faisant, derrière l’anachronisme comportemental des élites africaines et à la lumière de la "vie chère", la classe intellectuelle n’a-t-elle pas signé son testament – négativement ? L’opportunité d’éclairer les Africains nous est offerte humblement ici, avec un exemple frappant qui aurait pu répondre à nos attentes sur " la vie chère" concernant le domaine des hydrocarbures. Ce n’est un secret pour personne que les revendications ici et là font toujours cas de la cherté des prix des hydrocarbures, entre autres. Or, voici que des solutions typiquement africaines s’offrent à nous pour au moins baisser les prix. C’est l’exemple du jatropha. Partant donc de cet exemple, nous voulons jeter une lumière crue sur le comportement des Africains quant à la résolution de leurs problèmes par et pour eux- mêmes.

Depuis quelque temps en effet, on sait que grâce au jatropha, un substitut des hydrocarbures pourrait prendre son envol. Notamment, l’essence pourrait être remplacée dans les moteurs… Belle et intéressante découverte. Et déjà, deux pays donnent le parfait exemple de la possibilité de substituer l’essence à cet autre "carburant végétal". Nous en voulons pour preuve le fait qu’on utilise dans ces deux pays à une échelle raisonnable cette plante. Sûrement que bien des familles pourraient y trouver leur compte, en attendant de voir si, à grande échelle, les agriculteurs qui s’y adonnent seront payés en monnaie de singe comme pour les cultures de l’or blanc (coton), du cacao, etc.


Des savants dans l’omerta de l’anonymat

Si donc la plante est adaptable à la réalité africaine, l’important pour nous en redisant qu’en l’extrayant on a aussi un substitut à l’essence est d’attirer l’attention sur un fait particulier. Un chercheur burkinabè n’a –t-il pas consacré ses travaux à cette possibilité ? Justement, en lançant les activités de la culture du jatropha, on aurait pu tresser à ce savant burkinabè tous les lauriers, voire essayer, à l’échelle continentale et internationale, de présenter sa candidature pour des prix et autres récompenses. N’est-ce donc pas, encore une fois, une si belle occasion ratée de valoriser un génie africain ?

En n’accordant pas toute l’importance qu’il faut à nos hommes de savoir, nous amenons les Africains à ignorer nos résultats de recherches et surtout à ne pas avoir confiance en nous-mêmes quant à nos propres découvertes et inventions. Autrement, le lieu (et le solutionnement) entre la vie chère et la baisse des prix des hydrocarbures provenant du substitut de l’essence serait fait. A notre connaissance, ce spécialiste burkinabè du jatropha n’a pas été suffisamment invité à donner à travers conférences et autres débats ses avis. On touche ici le triste visage qu’offre le continent noir à ses porteurs d’idées. A tout jamais, il faudrait d’ailleurs que les savants africains soient capables de crier à haute et intelligible voix qu’ils font des découvertes importantes et revendiquent un statut honorable quant à leur traitement. Ne serait-ce que le traitement du regard. Pour rester toujours dans le domaine agricole et faisant le lien avec la vie chère qui ne sait pas que des recherches faites par des Africains ont permis d’adapter aux conditions climatiques (résistance) en même temps que d’apporter un meilleur rendement des variétés nouvelles de mil, de maïs, de riz, etc. Combien d’intellectuels africains d’ailleurs s’intéressent –ils aux activités agricoles en y investissant réellement ?

C’est ici que l’importance de la vulgarisation et de la sensibilisation (en matière de découvertes) doit être accrue. Hélas, en effet, on ne le dira jamais assez, le rôle fondamental de l’intellectuel est de sensibiliser en utilisant toutes les voies, les relais possibles sur les recherches et découvertes de son intelligentsia. Dommage, apparemment, le déficit de confiance est profond. Autrement , si on ajustait à leur juste valeur les découvertes de nos savants, la vie chère telle qu’elle s’offre à nous aujourd’hui serait atténuée. Malheureusement, les savants africains sont dans l’omerta de l’anonymat. Pire, de par eux-mêmes, leur silence intrigue. Grâce à ces importantes découvertes, en faisant un parallèle avec la révolution verte en Asie, on pourrait dire que les intellectuels africains sont aux antipodes de l’évolution de par leur faute. Exemple : quand on écoute certaines chaînes internationales, on se rend compte qu’on accorde des tranches quotidiennes ou hebdomadaires aux activités économiques, culturelles, etc. africaines ; quant aux découvertes et inventions africaines, c’est le néant ! En la matière, c’est le paysage dégueulasse des aumônes et aumôniers intellectuels et des incantations (d’illusions) intellectuelles.

Une chose est très frappante, voire curieuse. Dans tous les domaines - sauf dans le domaine scientifique - on peut mettre des noms sur des visages annuellement. En sport, une fois par an nous avons l’élection du meilleur footballeur africain. Des initiatives africaines louables. En musique, les Kora distribuent des prix très enviables désormais et la retransmission de plusieurs médias prouve le succès assuré. Selon d’ailleurs la publicité sur une radio, on parle d’un prix d’un million de dollars. Même les cérémonies de miss connaissent un succès. Au point que des organisations sous-régionales en distinguent une, faisant d’elle une ambassadrice pour des causes utiles.

Du reste, médiatiquement, à l’occasion des sommets, la miss a la possibilité de s’exprimer devant un parterre de chefs d’Etat et d’autres Excellences. Combien de sportifs et musiciens africains portent-ils le drapeau d’ambassadeurs de bonnes causes pour des organisations internationales et autres ? Avec la biennale du Fespaco, qui connaît un succès et une aura enviable, les cinéastes peuvent aussi brandir des trophées et récompenses. Combien de cinéastes ont profité des retombées médiatiques du Fespaco?


S’inspirer de l’exemple des sportifs
Des savants africains, aucune symbolique forte. Pourtant, l’exemple du spécialiste burkinabè du jatropha nous fait redire qu’il n’y a pas de carence scientifique en Afrique. Ce qu’il y a, ce sont des ombres de paradoxes propres à nous, Africains. Observez bien que la moyenne d’âge des miss et autres sportifs est de vingt-cinq ans. Tout le monde sait que nos universités ont au minimum cet âge. Et que, bien avant l’implantation des universités africaines, nos élites ont étudié ailleurs. C’est dire que le potentiel scientifique existe depuis la génération des Ki- Zerbo. S’il y a à peine un quart de siècle le phénomène du sport et des miss ne connaissait pas toute cette réussite médiatique, ne faut-il pas réellement essayer de savoir ce qui se passe au niveau de l’intelligentsia africaine? Au fait, que fait donc la communauté scientifique africaine pour valoriser ses savants? Par exemple, si on peut dire qui est miss Gabon, ou meilleur joueur béninois, peut-on nous dire qui est le meilleur mathématicien burkinabé (ou même africain ? ), qui est le meilleur généticien sud-africain ? Etc.

Que donc, sportifs, ambassadeurs de bonnes causes, miss remplissent ou pas leurs missions, qu’au moins la symbolique médiatique joue son effet ; et cette visibilité apporte une confiance (méritoire du reste). Cet exemple, les savants devraient s’en inspirer. L’Asie a réussi son pari parce qu’elle a fait de l’équation éducation = développement d’un enjeu prioritaire. Alors qu’en Afrique, nous entendons des personnes se plaindre en disant que quand les bailleurs s’en vont, les projets deviennent un tonneau vide mais percé depuis. Et nous voici avec ces projets infinis, inutiles à la fin. Pour paraphraser le titre d’une émission de radio, voici notre question: dis donc, on est où là ? Réponse : on est en Afrique. Sachons-le alors, la générosité intellectuelle n’existe pas car c’est le leurre d’une lumière sur du beurre au (en plein) soleil. Quand bien même il manque une pluie d’hommages intellectuels à nos savants, nous appelons de nos vœux une pluviométrie intellectuelle positive.

La situation dans laquelle est plongée la communauté scientifique africaine relève d’un anachronisme totalement dépassé. Peut-on vraiment comprendre qu’en si peu d’années certains secteurs d’activités puissent mettre un nom sur des visages alors que cela est invisible chez les savants africains ? Pourquoi peut-on désigner le meilleur entrepreneur ou manager africain? Toute une série d’initiatives louables ont été prises permettant cette valorisation. Traduisant aussi et surtout une relation de confiance. L’interface entre le savant (sa production) et le peuple (consommateur) est réduite à zéro. L’Afrique ne doit pas être le cimetière des savants africains ; elle doit être l’abreuvoir lumineux de nos merveilles scientifiques.

Si, au regard des découvertes positives faites par des Africains, on pouvait apporter une confiance aux travaux de nos chercheurs sur bien des points et sujets, l’Afrique ne souffrirait pas véritablement. En premier, les savants africains devraient offrir plus de visibilité et de combativité. Aujourd’hui, par exemple, qu’un Africain fasse à l’échelle planétaire une découverte importante, qui lui accordera crédit? Parce qu’il est impossible de mettre un nom, fût-il un seul sur un savant africain. Souvent même, utiliser le mot savant semble relever d’une gymnastique intellectuelle.

Qu’on le veuille ou non, c’est avec et grâce à nos savants que l’évolution du continent noir se fera ou, dans le pire des cas, ne se fera pas. Nous avons voulu jouer notre partition en soulignant combien et comment des découvertes africaines pourraient solutionner certaines de nos questions quotidiennes en s’adressant à un plus large public possible. Toute la problématique du développement africain est là. A chacun (e) de prendre et d’assumer ses responsabilités intellectuelles pour le bien du continent noir. Si nous voulons justement que l’Afrique évolue positivement aujourd’hui, plus que jamais, commençons à demander des comptes à l’intelligentsia africaine. Tout comme nous le faisons pour nos politiciens. Celle-ci a prioritairement et avant les politiciens une obligation de résultats. Son échec, c’est aussi celui des politiciens, fatalement. Nous avons cette drôle de façon de passer tout le temps à accuser les politiciens d’être responsables de nos maux. Autant que faire ce peut et le plus que possible, ils ont leur responsabilité. La spécificité africaine, c’est de ne jamais évoquer le rôle de l’intelligentsia dans nos propres faillites. Nous pensons que ce sont là véritablement des comportements suicidaires qui, d’ailleurs, signent - par défaut- nos testaments négatifs que nous risquons de léguer. Le véritable débat devrait intéresser la thématique capitulation des intellectuels face à l’avenir.

Autre exemple significatif en Afrique, au plan médical, nous avons de bons spécialistes de certaines maladies à endiguer. Pourquoi ces savants (médicaux) ne sont-ils pas faits ambassadeurs de bonnes causes médicales ? Domaine dans lequel ils donnent par ailleurs le meilleur d’eux-mêmes.

Trouvons les voies et moyens pour donner plus de visibilité et une rentabilité accrue aux efforts de nos savants, quelle que soit leur spécialité. Autrement, c’est l’Afrique qui en sort perdante.

Entre nous intellectuels africains, il nous manque surtout le dialogue humanitaire intellectuel qui permettra de sauver le continent noir en modernisant nos idées.


Tous les défis sont là, à vaincre.
Au XXIe siècle, l’humanitaire intellectuel des (et par) Africains est une grande chance pour le développement et l’évolution du continent noir. Vivement un engagement des intellectuels africains dans la résolution des maux profonds qui minent le continent. L’intelligentsia africaine doit impérativement soulager les peuples en difficulté et en souffrance. Il y va de leur mission capitale. Mais où est le miroir de l’élite dans ces situations accrues

 






©: Hassane Baadhio, Ecrivain

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