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Un "New deal" pour l'histoire

par Akodien 10 Décembre 2007, 23:42 Article de la semaine

Photo-Chefs-d-Etat.gifEuropéens et Africains ont adopté dimanche à Lisbonne les principes d’un partenariat «d’égal à égal», censé ouvrir une nouvelle page de leurs relations, au terme d’un sommet où l’Afrique a fait entendre ses exigences, parfois avec véhémence, sur cet avenir commun. Des désaccords ont été publiquement exprimés sur les négociations commerciales en cours entre les deux continents, sur le passif colonial, ou encore sur le Zimbabwe, dont le président Robert Mugabe s’est livré à une violente diatribe contre l’Union européenne qui l’avait critiqué la veille.
Le deuxième sommet UE-Afrique «a véritablement tourné une page dans l’histoire», a déclaré le Premier ministre portugais José Socrates dans son discours de clôture. «C’est vrai que l’histoire de nos continents est une histoire avec des souffrances», a-t-il reconnu, mais «cette nouvelle page qui s’ouvre est une page vierge sur laquelle nous serons appelés à écrire». Le président ghanéen John Kufuor, président en exercice de l’Union africaine, a également jugé qu’il s’agissait d’un «événement historique dans les relations UE-Afrique», tout en réclamant que le partenariat adopté soit «sérieusement mis à l’œuvre».
La «stratégie conjointe», adoptée par 27 pays européens et 53 pays africains (52 de l’Union africaine et le Maroc) et résumée dans une Déclaration de Lisbonne, est accompagnée d’un plan d’action pour les trois prochaines années, avant un prochain sommet prévu en Afrique et que la Libye souhaite organiser. Pour le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, ce «partenariat» a vocation à aider l’Afrique à sortir de son «rapport inégalitaire avec le reste du monde». Alors que l’Europe reste le premier partenaire commercial de l’Afrique, elle subit de plein fouet la concurrence de puissances émergentes, la Chine en tête.
Près d’un demi-siècle après les indépendances, les relations entre l’Afrique et l’Europe sont bien plus complexes, voire sensibles, que celles nouées avec ces nouveaux partenaires, et les contentieux n’ont pas manqué d’éclater au grand jour. Au terme de débats riches même si souvent discordants entre les deux parties.
Le passif colonial a été un autre sujet sensible. Dans une intervention très remarquée à l’ouverture du sommet, M. Konaré a exigé un «devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l’apartheid, du génocide rwandais». De son côté, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi appelait les Européens à rembourser les ressources «volées» lors de la colonisation ou alors à se tenir prêts à accueillir les migrants africains chez eux.
La question épineuse des accords de partenariat économique a également occupé une grande place lors de ce sommet, M. Konaré dénonçant le «forcing» des Européens dans les négociations avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). La Commission européenne a fait un geste hier en acceptant de discuter début 2008 des inquiétudes de ces pays, qui craignent notamment que l’abaissement progressif des tarifs douaniers sur les importations de produits européens ne fragilise encore leurs économies.
Concernant le Darfour, les Européens ont enfin demandé au président soudanais Omar el-Bachir qu’il facilite le déploiement de la force de paix ONU-UA dont il refuse la composition proposée par les Nations unies.

Robert-Mugabe.jpgLe seul gagnant c'est l'Afrique
La diplomatie à ses logiques que l commun des citoyens a du mal à décrypter.

Qui l’aurait cru? Perclus depuis 5 ans par le "Travel ban" (interdiction de visa) décrété par les 27 pays de l’Union européenne, auto-exclu du Commonwealth, classé sur la liste des chefs d’Etat "voyous" par les USA, "Papy Bob" a pourtant assisté à ce second rassemblement des premiers responsables des pays d’Europe et d’Afrique. Au regard de la pression de la Grande-Bretagne et d’autres pays européens, personne ne pariait sur le déplacement du zimbabwéens au Portugal. Du reste, son "cas" est une des raisons des nombreux reports de ce sommet.

Arrivé le 7 décembre 2007 à l’aéroport international de Lisbonne, c’est par une porte dérobée que José Manuel Barroso l’a "exfiltré" vers son hôtel, sans qu’il croise journalistes et photographes. Une image qu’a dû suivre outre-Manche Gordon Brown, tout enragé qu’il devait être puisque devant l’alternative "ce sera lui ou moi" qu’il avait posée à ses pairs européens, le choix a été clair : le président zimbabwéen est parti à Lisbonne, ce qui fait que le locataire du 10 downing street, lui, est resté à Londres.

Cette "victoire" de Bob, le "Vieux Combattant" , il l’a doit à ses pairs de l’Union africaine (UA), qui ont fait chorus derrière lui, arguant que si ce sommet concerne des chefs d’Etat de l’UA, il n’y a pas de raison que Robert Mugabe n’y soit pas. Mais à vrai dire également, les Européens ont préféré contenter les Africains pour des raisons bassement économiques.
Et comme si ce nouveau vent qui souffle désormais sur les rapports Europe-Afrique n'a pas fini d'assécher la salive coulant de nos bouches grandes ouvertes, un autre temps fort survint pendant l'épilogue. En effet, le sommet s’est achevé sur un discours véhément de Robert Mugabe, dont la présence avait entraîné le boycott de la réunion par le Premier ministre britannique Gordon Brown. En session plénière, il a dénoncé «l’arrogance» et le «complexe de supériorité» de l’UE et de quatre pays en particulier (Allemagne, Suède, Danemark, Pays-Bas) qui ont critiqué la situation des droits de l’homme dans son pays. «Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie», a lancé M. Mugabe, soumis à des sanctions européennes depuis 2002. La veille, la chancelière allemande Angela Merkel avait déclaré que «la situation actuelle du Zimbabwe nuit à l’image de la nouvelle Afrique», s’attirant les critiques de plusieurs dirigeants africains, qui avaient fait de la présence de M. Mugabe au sommet une question de principe.

En tout cas, on ose espérer qu’après Lisbonne, Bob se résoudra à lâcher du lest, pour ne pas dire le pouvoir, ou du moins agir pour sortir son pays de la banqueroute dans laquelle il est empêtré depuis des années.

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