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Entre le procès de la race et le procès des systèmes de gouvernance

par Akodien 31 Octobre 2007, 16:10 Contributions

Regard-du-Darfour.jpgLe scandale provoqué par une poignée d’aventuriers européens qui ont affrété un avion pour aller s’emparer d’une centaine d’enfants en territoire, sous le prétexte de l’action humanitaire, sans droit ni titre, et sans morale ni raison, arrive à point nommé pour coller à un autre fait d’actualité marquant voire brûlant. Cette affaire est à elle seule, tout un symbole de la contradiction dans laquelle baigne l’Occident.

Comment comprendre qu’au moment où les portes de tous les pays européens semblent se fermer à l’Afrique par des législations d’enfer contre l’immigration, l’on nous annonce que par charité, des centaines de gamins nègres vont être accueillis par des familles blanches ? S’agit-il d’une entreprise de pédophilie à grande échelle ? S’agit-il de les transformer une fois parvenus à destination, en esclaves dans des maisons closes, en jouets pour petits blancs, ou en bonne chair pour des fauves des cirques ?
Qui croira qu’aux échelons les plus élevés, cette entreprise n’avait pas de quitus ? Combien y a-t-il eu de vols antérieurs et où sont passés les enfants, ces victimes africaines innocentes dont le seul malheur, est d’avoir été condamnés à la misère, l’errance et la souffrance ?

Le Gouvernement tchadien a pu stopper l’opération, en procédant à l’arrestation des aventuriers impliqués dans l’opération, et en confiant ensuite les enfants à la garde de l’Unicef. Mais de quel gouvernement tchadien s’agit-il, celui protégé, supervisé et entretenu en vie par la France, ou un autre capable d’indépendance et capable de juger puis de condamner des trafiquants européens ?

Bien évidemment, aucune illusion ne devrait être entretenue sur la libération arrangée de ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche. Ils sont citoyens des pays Maîtres des potentats qui écument le continent, y compris le petit soldat du Tchad et surtout lui.

Sans doute inspirés par toutes les histoires et toutes les images qui remplissent les bulletins d’information à travers le monde sur la misère totale du continent africain, un véritable commerce de la pitié s’est mis en place dans les pays riches. L’excitation a dorénavant gagné toutes les couches sociales et les bancs des académies. Il y a ceux qui se sont assigné pour mission, et sans que mandat leur soit donné pourquoi que ce soit, de sauver des enfants africains traités à tort ou à raison d’orphelins. Il y a ceux qui se battent dans les assemblées intergouvernementales pour des programmes inventer des programmes de sauvetage, tantôt pour la Somalie, tantôt pour l’Est du Congo démocratique en proie à une rébellion sans fin, tantôt pour le Tchad et la Centrafrique où des Accords de paix succèdent à des Accords de paix, mais jamais sans taire les armes. On se bat donc partout, au nom de l’Afrique.

Mais, et c’est édifiant, on cherche aussi, pour comprendre, pour cadrer, pour dompter la misère, donner une couleur aux souffrances, affecter une religion à la pauvreté, et inventer une gêne pour la violence.

Par où faudrait-il dorénavant orienter les recherches sur les causes de la misère de l’Afrique ? Faudrait-il continuer dans une critique intellectuelle des systèmes de gouvernance ou recourir à une étude approfondie des traits génétiques des peuples africains ? Voilà en substance qu’elle problématique semble se dégager des débats feutrés dont nous sommes l’objet à notre corps défendant.

Le monde ne parle plus que de nous, de l’Afrique. Le monde ne voit plus que nous comme le problème, la honte éternelle de l’espèce humaine, l’humiliation des continents, la source de toutes les maladies. Il y a une trentaine d’années, alors que je résidais à Washington, je découvris un article fort significatif dans le très sérieux Washington post, sans doute le plus prestigieux et le plus important quotidien de l’Amérique.

L’auteur de l’article dont j’ignore maintenant le nom et que l’on présentait de toute façon comme un scientifique éminent, décrivait les différentes espèces de cafards en prenant le soin de mentionner leurs capacités de nuisance, leur dangerosité et leur origine. Une bonne dizaine de ces bêtes étaient ainsi répertoriées, provenant de tous les continents. La plus douce, la plus fine et en même temps la moins nuisible, était arrivé aux Etats-Unis dans les bagages des immigrants européens. La plus nuisible, grossière, méchante et envahissante provenait d’Afrique, importées malencontreusement dans les baluchons des esclaves.

Ma réaction à la lecture de l’article, fut tout de suite d’écrire au journal pour demander de plus amples explications sur cette affaire. Pourtant, je réussi à me calmer, renonçant à me mettre en exergue dans un pays aussi vaste qui comptait quinze millions de citoyens descendants d’esclaves, et convaincus que quelqu’un sortirait de leur rang pour protester ou au moins réagir de n’importe quelle façon. Rien ne se produisit, me confinant finalement dans le sentiment que le scientifique avait raison, puisque des gens de bien plus grande réputation intellectuelle que moi n’avaient trouvé rien à redire, y compris les africains américains que je croyais être les premiers insultés.

Plus tard, lors de la découverte du virus du Sida en 1981, j’étais toujours sur le sol américain, et les médias commençaient déjà à raconter sans trop insister, des histoires sur ses origines qui se situeraient en Afrique. Les années 1990 allaient amplifier l’information et l’on ne citait plus que les multiples études scientifiques établissant avec certitude cette fois, les origines du virus sur une espèce de singe africain.

Avant cela, et bien longtemps avant que je ne commence à percevoir réellement le monde dans toutes ses traductions idéologiques, ses antagonismes politiques et ses conflits culturels, mon séjour d’étudiant en Occident fut très souvent troublé par les injures des bailleurs qui pour nous refuser la location de leurs minuscules chambres insalubres, révélaient que les mets des africains sont trop épicés et dégagent une forte senteur gênante pour les voisins d’immeuble.

Aujourd’hui, en 2007, nouveau siècle, nouveau millénaire, et alors que le monde a évolué dans tous les compartiments de la recherche scientifique, de la technologie et de l’information, et alors que les peuples sont préoccupés par leur positionnement dans l’agencement des grands défis de la globalisation et de la mondialisation, notions ou concepts rassemblant toutes les exigences d’uniformisation des intelligences, des échanges, de la production industrielle, de la commercialisation et de la circulation de l’argent, l’Afrique se voit rappelée brutalement ses insuffisances.

Ce dont il est question dans l’actualité du monde, dépasse dorénavant la simple expression du sentiment individuel des hommes d’Etat, des hommes des lettres et des sciences sur la situation d’un peuple ou d’un continent. Ce qui est en cause, c’est la présentation d’un nouveau déterminisme non pas purement philosophique et sujet de polémique quelconque, mais d’un matérialisme cartésien relevant de l’idéologie d’exclusion et d’accusation. Nous entrons dans la phase finale du procès cruel des peuples, lequel mettra à mort les parents incestueux, les gouvernants incapables, et les continents misérables, et les races maudites, après avoir fait le bilan de la contribution de chacun.

Mais alors, en lieu et place des systèmes et des formes de gouvernance, c’est la race qui est projetée au-devant de la scène. La vérité que cache le discours de Sarkozy à l’Université de Dakar, c’est la mise en cause de la race noire. Il ne s’agit point de mettre en cause à notre tour le Président d’un pays dont la main est, de façon inévitable, historiquement associée aux malheurs du continent, du moins partiellement. Ce que nous proposons comme grille de lecture, ambitionne de prendre en considération l’ensemble des éléments psychologiques et factuels de ce que nous traitons dorénavant comme l’initiative de Dakar.

En réalité, nous avions déjà fait l’effort de dépasser Dakar, pour faire autre chose et penser autrement nos urgences, lesquelles, étions-nous convenus, ne sauraient se cantonner sur des querelles d’antériorité de notre civilisation par rapport aux autres, ou encore sur la recherche de justification de notre infamante indigence.
L’évolution du monde sonne dorénavant, comme l’étalage d’une succession d’affirmations que certains porteurs analystes prolifiques, ont longtemps étouffé, retenu, et même caché.
A suivre…



Par Shanda Tomne
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