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Victimes de notre trahison

par Akodien 11 Juillet 2007, 12:48 Opinions

afrique-sans-frontieres.jpgLa plus troublante des interrogations à laquelle nous sommes dorénavant confrontés en Afrique, est de savoir combien il reste de gens effectivement déterminés à travailler pour le progrès de nos peuples et à se sacrifier pour une paix conséquente.

 

La succession des événements sur le continent ne présage en effet rien de bon, et tend même à approfondir le désespoir. A chaque avancée notoire, nous redécouvrons, en très peu de temps, de multiples handicaps chroniques.

 

Dans ce contexte, ce n’est plus à un seul pays qu’il faut circonscrire un acte, une déclaration, un projet, un succès ou une défaite. Les africains sont interpellés de façon plus collective qu’hier, pour former un vaste rassemblement autour des causes justes. Si nous ne revenons pas à ce réflexe du militantisme sincère qui, par le passé, a fondé une idéologie solide de la décolonisation et des luttes pour les indépendances, il faut s’attendre à une dislocation du continent comme un banal domino mécanique.

 

La tentative d’assassinat dont a été victime le premier Ministre ivoirien Guillaume Soro appartient à un de ces actes historiques qui méritent une profonde réflexion et le rappel que chacun doit bien choisir son camp. Que les africains n’aient pas réagi avec un maximum de vigueur pour soutenir le processus de paix et pour rassurer les frères et soeurs de Côte d’Ivoire engagés dans une épreuve courageuse et délicate de réconciliation, sonne comme une trahison.

 

La Côte d’Ivoire, que l’on l’aime ou que l’on ne l’aime pas, constitue plus que n’importe quel autre pays, le coeur de l’Afrique et un miroir dont la stabilité, la sécurité et la cohésion engagent notre destin collectif. Il ne s’agit pas seulement d’un pays qui a commencé une guerre civile et qui a su l’arrêter, il s’agit d’un modèle de culture de la paix, de la tolérance et du panafricanisme dont les atouts ne se limitent pas à quelques discours creux.

 

Nous devons faire infiniment attention à tout ce qui se passe dans ce pays, parce que non seulement la tentative d’assassinat de Soro nous rappelle Gaza en Palestine, mais aussi parce que le processus du complot qui a failli réussir à se mettre en place pour contrer les efforts de paix, est un exemple des situations que nous avons depuis longtemps prédites pour les pays comme le Cameroun, le Congo, le Gabon et tous les autres où des lobbies mafieux se sont embusqués pour bloquer toute transition pacifique.

 

Notre lecture de la Côte d’Ivoire est d’autant plus importante que s’y trouvent réunis, tous les doutes, les craintes, et les espoirs qui marquent le continent. Voici un pays symbole qui un matin risque de s’effondrer sous le poids des discours d’exclusion sortis de nulle part, mais dont les fils et les filles se reprennent, s’embrassent, et s’engagent sur les chemins de la paix. Voici des gens qui ont rejeté les solutions venues d’ailleurs, et qui s’en sont remis à l’intelligence première des frères du continent, pour reparler d’une même voix et taire les rancoeurs.

 

Comme à Gaza, des bandes de voyous assoiffés de pouvoirs et pétris d’une culture de hors la loi, sont opposés au processus de paix qui manifestement ne leur plait pas. Voici un pays où l’on a vu un Laurent Gbagbo tenir les propos les plus incendiaires puis retrouver un discours d’une fraternité et d’une humilité sans pareilles pour redonner l’espoir à ses compatriotes. Le genre d’auto critique auquel se sont livrés les Ivoiriens est d’une rareté que même les mémorables exercices de vérité et de réconciliation en Afrique du Sud n’équivalent pas.

 

La tentative d’assassinat intervient, qui plus est, alors même que l’on reparle d’une conférence sur le Darfour. Des gens qui n’ont pas pu donner un peu d’argent pour nourrir une force internationale africaine au Darfour, sont-ils vraiment qualifiés pour construire des Etats-Unis bizarres ?

 

Le cinéma de Union Africaine à Accra se situe aux antipodes des exigences réelles des peuples africains en ce moment historique. Une fois de plus, un débat surréaliste sur un prétendu gouvernement continental semble troubler les esprits. Les Nkrumah, Cheick Anta Diop, Nyéréré avaient réfléchi sur ce projet, mais dans une logique idéologique complètement différente faisant de l’indépendance effective un préalable et de l’existence de dirigeants intègres et intelligents une condition. Où va-t-on avec une assemblée de présidents à vie, de dictateurs éternels, de prédateurs et de tricheurs ?

 

Simplement parce que sur la Côte d’Ivoire des voix ne se sont pas suffisamment faites entendre, nous sommes, encore plus qu’avant, enclins à nous interroger sur la signification profonde d’une Union de ce type pour nous et sur les gesticulations d’un Mohammad Kadhafi, dont l’empressement est plutôt suspicieux.

 

La facilité avec laquelle certains opportunistes se découvrent africanistes ou panafricanistes, alors qu’ils sont incapables de se prononcer sur les grossières entraves aux libertés des gens autour d’eux, est révoltant. Nous sommes en présence d’une génération de prédateurs qui ont liquidé l’héritage de nos martyrs et compromis nos premières idéologies de lutte

 

On ne prend position sur rien, on ne voit pas qu’au Mali et au Sénégal, les conquêtes démocratiques sont en net recul, on ne voit pas ce qui se trame au Cameroun, où les élections sont devenues de pures combines destinées à garantir la survie du régime, avec la complicité de quelques comparses d’une opposition de nourriture. Le spectacle des gens de lettres et de science, tout comme celui de toutes ces espaces de salauds reconvertis en politiciens est saisissant, effrayant, et annonce de nouvelles guerres comme corollaires de l’approfondissement du désespoir.

 

Les échos du Darfour, du Tchad, de la Centrafrique, de la Sierra Léone, devraient nous inciter à mieux apprécier les avancées positives de nos frères et sœurs ivoiriens et la contribution décisive que leur intelligence insuffle dans le continent pour démentir tous les pessimismes.

 

Ne cherchez point à construire ou à promouvoir une Union Africaine qui ressemble à une caisse encore plus vide que l’Oua, car sans assise populaire ni citoyenne. Il faut résolument soutenir ceux qui sont engagés à clarifier les jeux des pouvoirs à l’échelle locale, à baliser les chemins pour instaurer la bonne gouvernance, à lutter contre l’exclusion et à créer les conditions d’existence de véritables Républiques citoyennes.

 

Les rêves fous de dictateurs en quête de popularité ou de quelques intellectuels pressés de toucher des perdiems des missions diplomatiques doivent être combattus et rejetés. Prononcez-vous d’abord sur les violations des libertés autour de vous, agissez ouvertement pour des élections libres chez vous, luttez pour la transparence dans la gestion de la chose publique et prenez position sur toutes les préoccupations du moment, et nous vous respecterons.

 

La vérité c’est que la famine a dépassé les prévisions et le degré de bêtise de nos dirigeants ne laisse plus place qu’au qualificatif de trahison. On ne comprend pas autrement la défaillance totale qui caractérise certaines forces sur lesquelles nos peuples avaient misé d’énormes espoirs et dont l’empressement à entrer dans des jeux électoraux malsains où ils sont d’avance vaincus et certains d’embrasser le diable, traduit la honte éternelle.

 

Comment en effet, dans le contexte camerounais, avaliser un spectacle électoral dont les deux tiers de la population sont exclus, et dont les résultats se ramènent à des actes de nomination de quelques voyous, quelques serviteurs du crime, et quelques fous des mafias de la corruption ?

 

Tenter de répondre à ces différentes interrogations mettrait fin aux nombreuses victimes qui souffrent sur le continent d’Afrique, victimes de notre trahison.

 

 

 

 

 

© En collaboration avec Le Messager

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