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I tokho di "Quel est ton nom"

par Akodien 10 Juillet 2007, 11:44 Opinions

Chaka-Zoulou.jpgL’identité culturelle d’un individu se définit d’abord par le nom qu’il porte : dis-moi comment tu t’appelles et je te dirais d’où tu viens. Ceci dit, le nom est d’autant plus important qu’il nous rattache et nous lie à notre culture. C’est pourquoi, de par le monde, chaque peuple se distingue par les noms que portent ses ressortissants. Les Chinois portent des noms entièrement chinois, les Indiens, des noms indous, les Arabes, des noms arabes, les Occidentaux, des noms occidentaux, etc…

Mais seuls les Africains au Sud du Sahara, en majorité, portent encore des prénoms importés, et sont même fiers de les porter. Il s’agit ici principalement des prénoms occidentaux (chrétiens et musulmans) qui précèdent ou suivent les noms de famille qu’ils portent traditionnellement. Il faut préciser que ces prénoms ont été imposés aux Africains pendant l’esclavage et la colonisation dans un but machiavélique d’aliénation culturelle et de génocide linguistique. Il s’agissait de nous faire croire et accepter que les noms que nous portions n’étaient pas des noms et que nous devions en conséquence porter des noms occidentaux qui sont les seuls vrais noms. Ainsi, Il faut dire avec regret et amertume que ce but a été parfaitement atteint dans nos sociétés africaines.

 

En effet, de nos jours, les gens ont de plus en plus honte de leurs noms de famille (patronyme) et préfèrent donner leurs prénoms lorsqu’on leur demande comment ils s’appellent. Par exemple, lorsque quelqu’un s’appelle Nyozyma Patrick, il dira facilement “ je m’appelle Patrick ” lorsqu’on lui demandera de se présenter. Il ne se présentera sur le nom de Nyozyma que très rarement, et ceci généralement par contrainte. Cette honte que les gens ont de leurs noms de famille vient du fait que l’on estime que ces noms sonnent mal à l’oreille et ne sont pas adaptés à la modernité. Pour tout dire, on estime que ces noms sont “ laids ”. Et c’est ainsi que l’on observe une course effrénée vers les prénoms à “ la mode ” du genre Brandon, Dylan, Randal, Jennifer, Jordan, etc…, qui sont très souvent des noms de star. Tout ceci pour éviter de donner à son enfant un “ laid nom ”.

 

Pourtant, dans les traditions africaines, la beauté et la valeur d’un nom se voient dans ce que signifie ce nom, ou lorsqu’on a hérité ce nom d’un membre important dans la famille. On sera donc fier de porter un nom soit parce qu’il signifie le courage, la paix, la force, l’amour ou autre chose, soit parce qu’il s’agit du nom d’un ancêtre ou d’un parent quelconque. Ainsi, la beauté d’un nom n’a donc rien à voir avec le son qu’il procure à l’oreille.

 

Sous ce rapport, il est donc grand temps qu’en Afrique, nous puissions porter des prénoms africains. A côté des patronymes que nous portons habituellement, il faut ajouter des prénoms issus de nos langues africaines, et non des prénoms étrangers dont nous ne savons ni les origines, ni les significations. Pour ce faire, nous avons pu recenser quelques prénoms d’origine africaine, leurs significations et les langues dans lesquelles ils sont issus.

 

Ainsi, on a des prénoms yoruba et ibo tels que : Kashka qui signifie amical, Obi= le cœur, Feyikemi= je suis bénit, Ima= l’amour ou la charité, etc…

 

Pour les prénoms swahili et kiwahili, on a Akil= intelligent, Amani= la paix, Bakari = il aura du succès, Jalia = honorer, Mossi = premier né, Assireni = elle est belle, etc…

 

On note aussi des prénoms kemit (Egypte ancienne) tels que Kemi = le noir, Kaefra= Dieu se manifeste, Nefertari = la belle est arrivée, etc… En lingala, on a des prénoms comme Elikya = espérance, Kimia = la paix, etc… En langue téké, on a Taali = le Soleil, Isabi = la joie, Nsaï = le bonheur, etc… En langue duala, on a Massoma = merci, Mwayé = la lumière, etc.

 

Pour les prénoms en langue kikongo (langue parlée en Rdc en Angola, au Congo, au Gabon) on note Luvuma = jolie lumière, Kimpa = le jeu, la stratégie, Mvemba = la pureté, Sema = éclairer, Zagi = la sagesse, etc…

 

En langue diola (langue parlée en Casamance au sud du Sénégal) : Atika= le Guerrier, Adiaké= Le Magnifique, Aline= Notre sœur, Anifane= Le sage

 

Comme on le voit, ces prénoms sont d’une beauté féerique et indiscutable. Il n’est donc plus question pour nous africains d’aller dans les calendriers et les médias chercher les prénoms occidentaux pour nos enfants quand il existe des prénoms africains. A défaut de choisir parmi ceux que nous venons de présenter, chacun peut aller dans sa langue maternelle chercher la signification de tel ou tel mot pour le donner à son enfant comme prénom ; et ceci en fonction de ce que cet enfant représente à nos yeux. Si l’on veut par exemple remercier Dieu à travers un enfant, il faut chercher dans sa propre langue ce que “ Dieu ne dort pas” veut dire, et donner comme prénom à cet enfant ce mot. En langue Bandjoun par exemple, “ Dieu ne dort pas ” veut dire “ Sikati ”. Quel beau prénom pour un enfant que l’on a par exemple cherché pendant longtemps. D’autre part, si la signification d’un mot en notre propre langue est très longue, on peut choisir d’autres mots plus courts et allant dans le même sens ; ou alors les chercher dans une langue voisine de la nôtre.

 

Nous voici donc édifiés sur “ quels prénoms donner à nos enfants ? ” Puisque nous le savons désormais il ne nous reste plus qu’à agir. Certes, certains nous rétorquerons ceci : “ en quoi des prénoms africains portés par les Africains peuvent les aider à sortir du sous-développement ? ” Bonne question !

 

Mais nous répondons que toutes les solutions pour sauver l’Afrique se résument en un retour des Africains à leurs traditions, à leurs cultures. Et retourner à nos cultures commence par les noms que nous portons. Il s’agit donc là d’un premier pas dans ce retour à notre identité culturelle. Car le nom est, comme on l’a vu, le premier facteur d’identification de la culture d’un individu.

 

Ceci dit, nous devons être nous-mêmes c’est-à-dire de vrais africains d’abord par les noms que nous portons. Et c’est en faisant ceci que nous pourrons contribuer à combattre petit à petit l’aliénation culturelle qui maintient l’Afrique dans le sous-développement.

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